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Entretien avec le Garde du Corps de Jean-Marie puis Marine Le Pen

Thierry Légier, ancien garde du corps de Jean-Marie Le Pen, désormais au service de la présidente du Front national, vient de publier Mission Le Pen, savoureux recueil de souvenirs sur ses vingt ans passés à assurer la sécurité d’un des hommes les plus exposés de la Ve République. En exclusivité, il nous raconte… ce qu’il n’a pas dit dans son livre, avec notamment un éclairage sur ses nouvelles missions.

« Minute » :  Aviez-vous des opinions politiques lorsque vous êtes entré au service de Jean-Marie Le Pen, en 1992 ?
Thierry Légier : J’étais anticommuniste depuis mon plus jeune âge et j’avais milité à l’Action française à Rouen, dans mon adolescence, au début des années 1980. Ensuite, c’est par patriotisme que je me suis engagé dans les parachutistes… Il y avait donc une logique lorsque la Providence – ou saint Michel, patron des paras – m’a permis d’entrer au service du chef des patriotes.

Jean-Marie Le Pen vous a-t-il immédiatement fait confiance ?
Même si au début je ne faisais pas vraiment partie de l’entourage, les risques affrontés et le temps passé ensemble – parfois plus qu’avec nos familles respectives ! – ont forcément instauré un climat de confiance. En campagne électorale, il nous est arrivé de passer ensemble jusqu’à 18 heu­res par jour ! En cas de danger, je dormais au domicile du président, comme durant la campagne présidentielle de 2002, à la suite de me­naces de mort jugées sérieuses – au point que le SPHP (Service de protection des hautes personnalités, dépendant de la police nationale) nous a donné le renfort du GAP (Groupe appui protection), qui constitue son élite.

Vous soulignez que Jean-Marie Le Pen n’est pas un « colis » facile, puisqu’il n’a pas peur du danger. Quelle est votre marge de manœuvre face à une menace immédiate ?
Le plus dur, c’est de juger du moment où l’on n’est plus l’employé au service de la personnalité, mais le professionnel qui impose sa décision. C’est toujours délicat, car les gens qui recourent à des gardes du corps ont souvent de forts caractères – c’est particulièrement vrai de Jean-Marie Le Pen, politique de premier plan et ancien officier de Légion ! Sur le moment, il peut avoir du mal à accepter, mais au débriefing, il m’a souvent dit que j’avais eu raison. Et il n’a jamais hésité, après un coup dur ou une exfiltration, à payer un pot à l’équipe qui avait « morflé » ou bien as­suré.

Dans le livre, on voit que Le Pen et vous êtes habitués aux violences… Mais qu’en est-il de l’entourage ?
Le personnel n’y est pas souvent confronté, car il arrive aux meetings de manière assez anonyme. En revanche, pour ceux qui ont la mission d’accompagner le président du FN, ça peut parfois être chaud !
Le directeur de la communication, Alain Vi­zier, lui, est blindé mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Un jour, à la fin des années 1990, nous étions en campagne électorale dans l’est de la France, et nous sommes tombés sur un barrage de manifestants qui bloquaient la route. Le climat était vraiment violent à cette époque, com­me vous vous en souvenez peut-être… J’étais sorti de la voiture avec un policier du SPHP, pour dégager le terrain et permettre le passage du véhicule où se trouvaient Jean-Marie Le Pen et Yvan Blot, alors député européen du FN.
Malheureusement, notre chauffeur habituel était malade… Et au moment de franchir la fou­le, son remplaçant, tétanisé, a littéralement tracé la route, nous laissant, le policier et moi, sur le bas-côté, avec les gauchistes en délire ! Heureusement, nous avons pu sauter dans la voiture sui­veuse, qui nous avait repérés…
Je me souviens aussi d’un journaliste de « La Croix » qui avait voulu nous accompagner et qui, face à une agression en règle, est reparti mort de peur. Le Pen lui a recommandé, pour la prochaine fois, de venir avec un casque lourd !

Comment réagit votre famille ?
Mon épouse accepte courageusement les ris­ques et aléas de mon métier – et je tiens vraiment à la remercier. Plusieurs collègues m’ont dit que même payés cinq fois le tarif, ils n’accepteraient pas de protéger Jean-Marie Le Pen.

Pourquoi ?
Eh bien ! Il est assez rare qu’un fan de Paris Hilton tente de vous refaire le portrait à coup de pierres et de boulons ! Et le risque est constant, ce qui n’est pas le cas pour d’autres célébrités.

Dans votre livre, vous racontez nombre de voyages aventureux ou bizarres, où Jean-Marie Le Pen rencontre Radovan Karadzic, leader des Serbes de Bosnie ou l’ancien patron du KGB, Vladimir Kriouchtkov… Y en a-t-il d’autres, que vous n’avez pas racontés ?
Bien sûr ! Il fallait bien garder quelques sujets pour les lecteurs de « Minute » ! En 2002, par exem­ple, nous sommes allés à Beyrouth par l’intermédiaire de Elie Hatem, avocat franco-libanais, pour rencontrer l’ancien président Amine Gemayel, chef des phalanges chrétiennes. A côté de cette rencontre, nous avons été invités à assister à une messe au patriarcat maronite. Et un de mes amis libanais m’avait dit : « Tu verras, si le patriarche est content, il parlera français… » A la stupéfaction générale, au début de la célébration, le patriarche est soudain passé du libanais au français pour dire : « C’est avec grand plaisir que j’accueille en mon église Jean-Marie Le Pen ». Le président du Front national était reconnu comme un grand ami des chrétiens d’Orient.

Quel est le dispositif mis en place pour aller dans ces pays à risque ?
L’équipement est plus lourd que d’habitude. Le système de protection aussi. A ce sujet, pour rester sur ce voyage au Liban, nous avions eu la surprise de voir qu’entre notre départ de Paris et notre arrivée à Beyrouth, mon permis de port d’arme avait été invalidé par le gouvernement li­banais ! Certains nous ont dit que cela résultait d’un coup de téléphone de Jacques Chirac à son ami Rafic Hariri. Nous n’avons pas de preuve, mais ce qui est sûr, c’est que cette visite de Le Pen au Liban déplaisait au président français. Tout avait été fait pour nous compliquer la vie ou salir l’image du FN : l’AFP a même affirmé que Jean-Marie Le Pen allait rencontrer les re­présentants du Hezbollah ! Concernant la sécurité, je devais tenir compte du fait que les sales coups pouvaient nous être donnés dans le dos, par des Français…

Vous publiez ce livre en pleine campagne présidentielle.  Avez-vous fait relire l’ouvrage par Jean-Marie Le Pen ou des personnalités du FN ?
Non. Jean-Marie Le Pen m’a fait une totale con­fiance, et je l’en remercie. Quant à la publication, c’est le calendrier de l’éditeur qui a pri­mé. Cela dit, il aurait été idiot d’attendre la fin de la campagne !

Comment s’est passée la transition entre Jean-Marie et Marine Le Pen ? Il se dit que vous avez littéralement été imposé auprès d’elle…
C’était une question de confiance pour le président, car il s’agissait tout de même de la vie de sa fille ! Par ailleurs, je connais Marine Le Pen de­puis qu’elle est toute jeune. Et j’avais déjà l’habitude de l’accompagner depuis plusieurs mois au Parlement européen, à Strasbourg, donc les choses se sont faites assez naturellement.

Est-il plus dur de protéger Jean-Marie ou Marine Le Pen ?
Jean-Marie Le Pen, incontestablement ! Cela dit, vu le nombre d’incidents qui ont eu lieu de­puis le début de la campagne, Marine Le Pen est clairement l’un des candidats à la présidentielle les plus exposés.
Elle a un bon contact avec les gens, mais l’extrême gauche est très mobilisée contre elle et at­taque régulièrement nos meetings. Pour le con­grès de Tours, souvenez-vous du dispositif policier : des dizaines de cars, deux hélicoptères, des centaines de CRS ! Et ça n’a pas empêché les gauchistes de ravager la ville… [difficile pour nous de nous en souvenir, « Minute » ayant été interdit de con­grès, (ndddlp)]. En décembre dernier, à la fac Dauphine, à Paris, les nervis de gauche ont attaqué l’amphithéâtre, bousculant des étudiants, cas­sant du matériel. A l’île de la Réunion, des ma­nifestants ont percé le dispositif policier, mettant Marine Le Pen en danger. Ils ont installé un barrage de gravats sur la route : il a fallu faire venir un bulldozer prêté par un sympathisant pour tout dégager. Et le clou du spectacle – que je ne devrais dévoiler que dans mon deuxième li­vre ! – a eu lieu quand les manifestants ré­unionnais ont fait une tentative de séquestration, voire de mise en danger d’autrui, dans les studios télé ! Ils avaient réussi – avec quelle complicité ? – à nous enfermer dans les locaux en mettant des chaînes cadenassées aux entrées. Les policiers en ont fait sauter une à la dernière minute, mais, au moment de partir, on s’est soudain retrouvé avec un manifestant qui avait sauté sur le toit de notre voiture… Un vrai film d’horreur !

Vous arrive-t-il de penser à changer de route ?
Des camarades du métier me proposent ré­gulièrement de monter des boîtes de sécurité. Pour l’instant, j’ai encore soif d’action et d’aventure, alors je reste sur le terrain. La devise de mon régiment, le 3e RPIMA, est « Etre et durer ». Tant que j’ai la condition physique et mentale, j’espère bien rester auprès de Marine Le Pen… au moins jusqu’à son arrivée à l’Elysée ! Ensuite, si je faiblis, il sera toujours temps de penser à tirer ma révérence, avec toute la matière pour faire un bon « Mission Le Pen 2 ».    n
Propos recueillis par Patrick Cousteau

A lire : Mission Le Pen, par Thierry Légier, éditions du Toucan, 195 pages, 20 euros.

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