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Les dessous de Béziers

Nous sommes samedi en dé­but d’après-midi, et un homme d’allure athlétique remonte à grand pas l’avenue Saint-Saëns de Béziers en direction des allées Paul-Riquet, du nom du créateur du canal du Midi, au XVIIe siècle. Il tire une valise à roulettes. La gare n’est pas toute proche mais il va bien trouver un taxi pour l’y conduire. L’urgence, pour Philippe Murer, assistant parlementaire de Marine Le Pen, est de s’éloigner du Palais des congrès où se tient le rendez-Vous de Béziers organisé par Robert Ménard.
Pour le président du Collectif Nouvelle Ecologie, proche de l’économiste de gauche Jacques Sapir, très en vogue dans les cercles philippotistes, il n’y a plus qu’un mot d’ordre qui vaille, celui que vient de donner Marine Le Pen et qu’il transmet à Karim Ouchikh, qu’il croise (1) ; le président du Siel revient, lui, vers le Palais des congrès pour y suivre la suite des débats : « Marine a donné l’ordre de partir. Je pars » Karim Ouchikh est interloqué : que se passe-t-il ?
Il se passe que Marion Maréchal-Le Pen est partie et qu’il a eu pour consigne de filer, voilà tout, explique brièvement Murer sans livrer de précisions avant de reprendre sa marche à vive allure et de disparaître sans qu’il ait été possible de savoir qui, et comment, lui avait donné quel ordre, et pourquoi.
Toujours est-il qu’il sera loin, à l’abri de toute mise en porte-à-faux, quand Florian Philippot décidera, par un tweet parfaitement inutile, d’ouvrir le feu sur Robert Ménard en fin d’après-midi.

Philippot ouvre le feu contre l’« extrême droite »

Le tweet de Philippot était ainsi ré­digé : « Une petite mouvance d’extrême droite était instrumentalisée contre le FN. Elle a fait flop aujourd’hui à Béziers », et ce propos donnera lieu à des représailles nourries de Robert Ménard, comme : « Le programme sociétal de Philippot, c’est celui de François Hollande », ou : « Si Philippot veut la défaite de Marine Le Pen, qu’il ne change pas de méthode ! », ou encore : « Le FN dit parfois “ni droite ni gauche“, avec Philippot, c’est tous les jours ni droite ni droite ! »
La riposte de Ménard était justifiée et pas seulement parce qu’il était en état de légitime défense. Tout, dans le choix des mots utilisés par Philippot, était faux, en même temps qu’indigne… et prévisible. « Minute » l’avait écrit dans son numéro 2768 du 27 avril 2016 (un mois avant l’événement !) :
« Florian Philippot, inquiet de l’importance que pourrait prendre le Rendez-Vous de Béziers organisé fin mai par Robert Ménard, a commencé à activer ses réseaux dans la presse pour minimiser l’événement. Le vice-président du Front national, craignant que la “droite hors les murs“ ne finisse par se faire entendre de Marine Le Pen, cherche à discréditer les participants en expliquant que ne seront réunis que des gens d’“extrême droite“ et qu’aucune personnalité majeure de la droite ne fera le déplacement. » Bingo !
Au moment où Philippot twittait, il y avait déjà eu 1700 entrées payantes au Rendez-Vous de Béziers, sans qu’aucun car n’ait été affrété, sans qu’aucun appareil de parti n’ait mobilisé ses trou­pes, sans nul appel à s’y rendre d’un candidat à la présidentielle, et il y eut quasiment autant de monde qu’au banquet du 1er mai du Front national. L’arrogance de la codirection frontiste, qui dispose de moyens considérables, laisse parfois pantois.

Le Front national l’a bien cherché

Et qui était d’« extrême droite » ? Jean-Frédéric Poisson (ci-dessus), le président du parti chrétien-démocrate (PCD), candidat à la primaire de la droite et du centre ? Ou l’intellectuel souverainiste Paul-Marie Coûteaux, ancien député villiériste ? François Guillaume, ancien mi­nistre de l’Agriculture de Jacques Chi­rac ? Ou le maire de Montfermeil Xavier Lemoine ? L’entrepreneur Charles Beigbeder ? L’économiste libéral Guy Millière ? L’ancien directeur de campagne de Philippe de Villiers Jérôme Rivière (ci-contre) ? Peut-être les représentants de La Manif pour tous, comme Ludovine de la Rochère, ou ceux du Collectif Horizon qui réunit La Droite forte, l’UNI et Sens commun au sein des Républicains ? Ou bien les responsables du CNIP ? Si ces gens-là sont d’extrême droite, c’est décidément que le positionnement de Florian Philippot, qui le regarde, et celui qu’il veut donner au Front national, qui, là, regarde tous les Français susceptibles de voter pour Marine Le Pen, deviennent problématiques…
Sans parler de l’utilisation d’un vo­cabulaire accusatoire qui est celui dont le FN veut se délivrer par ses efforts de « dédiabolisation » dont on n’avait pas com­pris qu’ils devaient aller jusqu’à retourner l’accusation infâmante contre ses propres alliés potentiels, ni, tant qu’on y est, à refuser par avance – et par principe ? – toute proposition dès lors qu’elle émane de gens qui se réclament de la droite. Comme disait Ma­rion Maréchal-Le Pen, parlant des Républicains : « Ils emploient une sémantique correspondant à celle de nos adversaires communs, en nous qualifiant d’extrême droite. Soit c’est de la bêtise, soit c’est de la malhonnêteté intellectuelle. »


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