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Trois mois pour aider « Minute »

Imaginez. Vous produisez des boîtes de petits pois – ou des glaces, ou des téléviseurs, ou n’importe quoi d’autre qui est vendu en tout point du territoire national. Comme vous ne disposez pas d’une flotte de camions pour sillonner toute la France, vous confiez vos petits pois ou vos glaces ou vos téléviseurs à une société qui se charge de les acheminer, moyennant évidemment une rémunération. Or un beau jour, sans crier gare, cette société vous informe par simple courrier que, sa situationf inancière étant délicate (euphémisme), elle a décidé de vous ponctionner 25 % supplémentaires sur les recettes de la vente de vos petits pois, glaces ou téléviseurs et que vous n’avez qu’à vous débrouiller pour équilibrer votre budget. Impossible ? Dans les cas évoqués ci-dessus, oui bien sûr et pour deux raisons : d’une part parce que dans cette hypothèse, libre à vous de changer de prestataire et de laisser ce racketteur à ses problèmes et à ses méthodes ; d’autre part parce que cette ponction serait impossible dans la mesure où, toujours dans les cas évoqués ci-dessus, c’est évidemment vous qui payez votre prestataire et non pas lui qui encaisse les sommes qui vous sont dues avant de vous reverser (tardivement) la quote-part qui vous revient. Malheureusement, dans la presse, il en va tout autrement.

Presstalis est dans le rouge, alors il taxe !

En vertu de la loi Bichet qui régit le processus de distribution de la presse écrite en France depuis 1947 et n’a pas que des aspects négatifs – elle assure l’égalité de traitement de tous les titres, du moins en théorie –, les NMPP, rebaptisées Presstalis en 2009, ont le quasi-monopole de la distribution des journaux. Presstalis achemine ainsi 4 000 titres jusqu’aux marchands de journaux, soit 75 % de la pressefrançaise, dont la totalité des quoti-diens et les trois quarts des maga-zines, dont « Minute ».Comme le résume « La Croix »,« les éditeurs de presse sont à la foisses clients et ses actionnaires »puisque Presstalis, société de droit privé, est administrée par des coopératives d’éditeurs, l’une pour les quotidiens, l’autre pour les magazines. Voilà pour la théorie car, en pratique, y font la loi une poignée de dirigeants, les éditeurs « de premier niveau »– les gros, dont Hachette, dont est d’ailleurs issue l’actuelle directrice générale, Michèle Benbunan, de même que l’était la précédente, Anne-Marie Couderc – et le Syndicat général du Livre et de la Communication écrite de la région parisienne, plus connu sous le nom de Syndicat du Livre CGT. Or Presstalis se trouve dans une situation financière catastrophique. Les chiffres qui circulent – elle se refuse à communiquer sur le sujet auprès des journalistes des titres qui sont supposés être ses actionnaires ! – font état de capitaux nets négatifs supérieurs à 300 millions d’euros, d’un résultat négatif pour l’année 2017 qui serait de l’ordre de 15 millions d’euros et d’un besoin immédiat en trésorerie qui atteindrait les 37 millions d’euros !

Un « décalage considérable par rapport au budget »

Ce dernier chiffre est au demeurant le seul que Presstalis confirme et avance comme argument pour ponctionner la presse française, sans expliquer en aucune manière les raisons de ses « difficultés », ni à nous, les éditeurs de presse, ni au Conseil supérieur des messageries de presse, lui aussi institué par la loi Bichet afin de « veiller au pluralisme de la presse en garantissant l’impartialité de sa distribution », et dont les attributions ont été renforcées par une loi de 2011. Dans un « avis » du 19 décembre dernier, le Conseil supérieur des messageries de presse s’interroge d’ailleurs sur les raisons de ce soudain besoin de trésorerie et sur les raisons de cette quasi-faillite, qui ne sont absolument pas claires dans la mesure, écrit le CSMP, où« la baisse de l’activité constatée a été conforme aux prévisions » et nepeut venir expliquer « le creusement important du résultat d’exploitation de l’exercice », dans la mesure où « le budget qui lui avait été présenté au début de l’été tablait sur un résultat proche de l’équilibre ». Que s’est-il passé ? Mystère et silence radio. « A ce jour, la Commission[de suivi de la situation économique et financière des messageries, au sein du CSMP] n’a pas entièrement élucidé les raisons de ce décalage considérable par rapport au budget, alors même que le niveau des ventes[…] devrait être conforme à ce qui avait été budgété. » Et, plus loin, avant de n’émettre cette fois aucune réserve sur la pertinence de la ponction opérée sur les comptes de tous les éditeurs de journaux : « A ce stade, la Commission ne dispose pas d’éléments permettant d’appréhender plus avant l’origine de ces décalages. » Le Syndicat du Livre CGT en saurait-il plus, lui qui est au cœur de la matrice ?…

Un quart du produit de nos ventes confisqué !

Toujours est-il que le 6 décembre dernier, Michèle Benbunan, directrice générale de Presstalis, a écrit aux « chers éditeurs » pour les informer que Presstalis avait demandé au tribunal de commerce l’ouverture d’une procédure de conciliation mais que, surtout, le conseil d’administration de Presstalis avait pris « des mesures de protection de la liquidité »– de la sienne, évidemment – consistant, pour les éditeurs de second ordre que nous sommes, en « une retenue de 25 % des règlements » ! Avec un délai pour se retourner ? Que nenni ! Avec effet rétroactif ! Cette retenue, Michèle Benbunan, l’appliquera « à compter de la prochaine décade ». Le futur est trompeur. Pour faire simple, Presstalis verse, par décade, des « avances » puis des soldes, sur les ventes des semaines précédentes. Très précédentes… En annonçant au début du mois de décembre que nous serions amputés d’un quart de nos recettes à partir de la prochaine décade, Michèle Benbunan nous signifiait en réalité que nos ventes réalisées en octobre et en novembre, qui ne nous avaient pas encore été réglées, seraient elles aussi amputées de 25 % de leurs recettes ! Ce qui s’est produit. Car, vous l’avez compris, contrairement à l’exemple évoqué des petits pois, glaces ou téléviseurs, ce n’est pas nous qui payons Presstalis pour assurer la distribution de « Minute », c’est Presstalis qui encaisse le produit de nos ventes chez les kiosquiers et marchands de journaux et nous en reverse une partie…Pendant combien de temps cela va-t-il durer ? Comme le fût du canon, un certain temps… Le temps que la « contribution générale des éditeurs » – un peu plus et elle ajoutait le mot « volontaire » ou« citoyenne »– atteigne 37,1 millions d’euros, ce qui devrait être le cas au 31 janvier 2018 (date de vente du journal ou date de versement de la décade ?, cela diffère tout de même de deux mois…). Et quand la somme nous sera-t-elle restituée et le sera-t-elle même un jour ? « Cette retenue […] sera maintenue au bilan de Presstalis et des éditeurs dans l’attente d’un accord global assurant le financement pérenne de l’entreprise incluant le traitement de ses créances. Nous reviendrons alors avec des propositions à ce titre au cours du 1er trimestre 2018. » Ou à la Trinité. Et, surtout, si nous sommes encore là pour entendre ce que madame Benbunan a à nous « proposer ».

Le mur du silence opposé aux petits éditeurs

Dès le 7 décembre, le Syndicat de l’association des éditions depresse (SAEP), auquel nous appartenons, est entré en action. Par un courrier recommandé, son président, Philippe Loison, relevant que cette décision avait été prise « sans la moindre information préalable ou consultation de nos représentants », a fait valoir que « l’application d’une retenue de 25 % » allait « provoquer la cessation de centaines de titres et la disparition immédiate de plusieurs dizaines d’entreprises de presse ». « Vous prenez pour hypothèse un règlement futur de la situation de Presstalis à un horizon incertain– via sans doute l’abandon miraculeux de sa dette par ses créanciers ou son renflouement par l’Etat –, ce dont nous sommes légitimement en mesure de douter », ajoutait-il, avant de faire valoir à madame Benbunan que les grands groupes n’ont qu’à se dévouer pour sauver Presstalis puisque, principaux responsables de son fonctionnement, ils « n’ont rien fait jusqu’alors pour assurer une saine gestion de la messagerie », et qu’il est étonnant que, puisque chacun est contraint de mettre à la poche, il ne soit pas fait aucune mention d’une éventuelle contribution exceptionnelle des personnels de Presstalis : « Nous devons imaginer que tous recevront leurs primes de fin d’année, leurs treizième voire leur quatorzième mois de salaire, tandis que nos confrères seront  dans l’incapacité de payer les salaires de décembre de leurs collaborateurs et d’eux-mêmes, ni de régler leurs fournisseurs. » Seule réponse concrète : la tenue d’une simple « réunion d’information » des éditeurs, qui doit se tenir le 23 janvier prochain – pour leur redire ce qu’ils savent déjà ? – mais pas l’ombre d’une assemblée générale qui aurait le pouvoir de faire plier la direction de Presstalis. Même la menace d’une action enjustice, et celle de faire constater que Presstalis est en état de cessation de paiement, n’ont été d’aucun effet sur la direction de la messagerie, et le Conseil supérieur des messageries de presse ne réagit pas plus.

Un besoin urgent de trésorerie

Nous avons fait et refait les comptes : avec 25 % du produit de nos ventes en kiosque et chez les marchands de journaux en moins, ça ne passe plus. Notre imprimeur, bienveillant, ne peut pas baisser plus encore ses tarifs sauf à perdre de l’argent. Nos frais sont réduits au strict minimum. Nous n’avons pas de locaux. Et nous ne pouvons pas demander plus d’efforts à nos journalistes, qui, déjà mal payés, ont accepté pour ceux qui le pouvaient, après ce coup de massue de décembre, que leur rémunération soit différée de plusieurs semaines. Les solutions qui s’offrent à nous – façon de parler – sont au nombre de deux : soit nous changeons de distributeur, car il en existe un autre, mais cela exige que nous disposions de la trésorerie nous permettant d’assurer la transition – cette trésorerie que Presstalis nous empêche de conserver ! –, soit nous nous replions sur la vente par abonnement. Par quelque bout que nous prenions la question, il n’y en a pas de troisième. Sauf l’arrêt. Sauf la mort. Sauf la disparition pure et simple d’un titre emblématique de la droite française, créé en 1962, et dont l’existence n’a certes pas été épargnée par les crises mais qui les a toujours surmontées avec vous et grâce à vous. Entre les deux solutions, nous n’avons pas encore tranché, nous trouvant encore dans l’attente de quelques paramètres indispensables pour prendre la bonne décision. En vente en kiosques depuis cinquante-sept ans, nous préférons y rester. Mais si notre survie doit passer par le retrait des kiosques, nous le ferons. Car si « Minute » doit mourir un jour, nous refusons absolument que cela soit sous l’effet conjugué d’une gestion calamiteuse dans laquelle nous n’avons pris aucune part et d’un racket décrété par un prestataire qui devrait être à notre service comme à celui de tous les titres de la presse française, et non se faire notre exécuteur.

Abonnez-vous ! Abonnez-vous ! Abonnez-vous !

Nous nous donnons trois mois. Trois mois pour tenir, trois mois pour décider, trois mois pour que vous nous donniez les moyens d’opter pour l’une ou l’autre des solutions. Ce que nous attendons de vous est simple : QUE VOUS VOUS ABONNIEZ (ou, si vous l’êtes déjà, QUE VOUS ABONNIEZ UN AMI). Chers lecteurs au numéro, vous qui achetez chaque semaine « Minute » chez votre marchand de journaux, nous vous demandons de vous abonner. Nous vous demandons de vous abonner à la version électronique de « Minute », ou bien sûr, si vous préférez, à la version papier. Pour sixmois, pour un an, pour deux ans– oui, si vous vous abonnez en masse, n’ayez crainte, nous tiendrons jusque-là. Afin de nous permettre de tenir et de nous aider à choisir. Pendant trois mois, il nous faut tenir et nous le ferons grâce aux rentrées d’argent que vos abonnements nous procureront. Puis, si nous sortons des kiosques, nous saurons que nous ne vous perdront pas, puisque vous vous serez abonné. Et si nous restons en vente chez les marchands de journaux – où nous avons parfaitement entendu que vous aviez souvent du mal à nous trouver –, nous aurons les moyens d’y être plus présents. Plus nombreux seront les lecteurs qui s’abonneront, plus « Minute » aura de chances de franchir ce cap et, qui sait, de se relancer. Du mal nait parfois un bien.

S’il vous plaît, abonnez-vous.

 

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