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Macron peut encore être battu

C’est comme si c’était fait : Emmanuel Macron sera le prochain président de la République française. Tous les sondages en attestent ainsi que les politologues. Certes, Macron maîtrise à merveille le système politico-médiatique mais il n’est pas à l’abri de ce grain de sable qui viendrait enrayer sa mécanique. Et il y a quelque chose qui ne colle pas…

C’est parti ! Enfin, on espère. Parce qu’à un mois du premier tour, la présidentielle n’a toujours pas démarré. Ja­mais, de mémoire d’électeur, le débat démocratique n’avait été autant confisqué. Par les sondages, par les institutions, par les médias, par les intérêts financiers ou partisans – mais faut-il les séparer ? –, par les principaux candidats eux-mêmes. Tout est sous contrôle, hormis – mais cela durera-t-il ? – les quelques dizaines de secondes que l’électeur passe seul dans l’isoloir et que l’on veut bien lui accorder dans la mesure où elles lui donnent encore l’illusion de choisir le bénéficiaire de son suffrage.
Si plus d’un tiers du corps électoral dit avoir l’intention de s’abstenir, si en­viron 40 % de ceux qui expriment une intention de vote disent pouvoir encore changer d’avis, si, donc, un gros tiers seulement des électeurs ont fait leur choix à un mois du scrutin – ceux-ci pou­vant encore se raviser et basculer dans la catégorie des indécis –, ce n’est pas seulement parce que la classe politique, depuis des décennies, les a déçus, ne tenant pas les promesses solennelles qu’elle avait faite au peuple français, ni parce que le sentiment du « tous pourris » a fait des ravages.
C’est aussi parce que le système po­litico-médiatique a atteint la quasi perfection dans le musellement des expressions libres, avec la complicité, con­sen­tie ou non, de l’ensemble de la classe politique. Même ceux qui disent vouloir renverser le système s’y sont pliés, croyant pouvoir le subvertir à leur avantage. Hormis la tête d’affiche – le candidat –, tous les meetings se ressemblent, avec leurs discours formatés et leurs images « fournies par le candidat » qui sont tout aussi trompeuses que celles qui seraient réalisées par les chaînes d’information qui les diffusent.

Des meetings orchestrés en trompe-l’œil
Propagande, contre-propagande, et à ce jeu-là, tel est pris qui croyait pren­dre, car c’est toujours le plus professionnel, celui qui y consacre le plus de moyens et dispose des meilleurs techniciens, qui gagne le jackpot. A cet égard, les meetings d’Emmanuel Ma­cron constituent le summum de ce qu’il est possible de faire, et à voir les images du meeting de Benoît Hamon à Bercy, dimanche dernier, il semble bien que celui-ci ait adopté les mêmes métho­des : celles des communicants à l’heure du numérique.
Autrefois, pour « chauffer la salle », on programmait, avant la vedette – ce­-lui qui était destiné à devenir président de la République –, un second couteau apprécié pour sa faconde, sa truculence et ses bons mots, Charles Pasqua au RPR, Roger Holeindre au Front national, qui survoltait la salle devant la­quelle on envoyait, juste après, le grand homme. A l’heure des applications sur Smartphone, c’en est fini, ce n’est plus nécessaire.
Si les meetings d’Emmanuel Ma­cron donnent lieu à des démonstrations de liesse collective rarement vues, avec un public aussi extatique que le sera le candidat à la fin, avec des fans s’extasiant et s’époumonant à la moindre ba­nalité exprimée par le candidat, c’est tout simplement parce que sur les ima­ges « fournies par le candidat », on ne voit, éclairée par une lumière opportu­ne, que la « team ambiance », comme on dit dans sa start up promise à une croissance exponentielle, et pas le « vrai public », qui reste lui le plus souvent de marbre – et dans l’ombre.
Or cette « team ambiance » réagit, non pas au discours, qu’elle n’écoute même pas, mais aux ordres qui lui sont donnés en direct, comme les spectateurs qui, sur les plateaux de télévision, ap­plaudissent quand la loupiote s’allume pour leur dire d’applaudir… Le résultat est que le téléspectateur-électeur, qui assiste à ce spectacle, est à son tour emporté par la liesse et que, l’enthousiasme étant communicatif, on en arri­ve à fabriquer de toute pièce une opinion macronienne, sans que celle-ci soit capable de dire au juste ce que le candidat propose…
Pire, l’électeur finit par mettre dans le discours de Macron – mais cet exem­ple vaut aussi pour d’autres – ce qu’il avait envie d’y entendre et il finit par croire, de bonne foi, qu’il a entendu ce qui n’a jamais été dit.

Les vraies questions, c’est pour quand ?
Il n’est pas nécessaire d’être marxis­te pour penser que la confrontation des idées est la seule option permettant de se forger un avis – ou ne serait-ce qu’une opinion un peu affirmée. Or dans cette campagne, il n’est pour le mo­ment guère d’idées, et aucune con­frontation sur ce terrain. Ce n’est qu’une suite de monologues, soit face à des publics conquis, soit face à des journalistes qui se refusent – ou ne sa­vent tout simplement pas – à poser des questions autres que celles portant sur des scandales ou de la politique politicienne.
Exemple – encore, désolé ! – avec l’entretien accordé, dimanche soir, par Emmanuel Macron au 20 heures de France 2. Laurent Delahousse, qui a multiplié les questions dérisoires du­rant plus d’un quart d’heure, lui demande de réagir à une photo montrant un homme âgé dans un appartement en ruines à Alep, en Syrie – c’est du moins ainsi qu’il la présente –, selon la règle enseignée dans les écoles de journalisme : si vous avez le choix entre l’émotion et l’information, privilégiez toujours l’émotion.
Macron, très agité dans les instants précédents, prend une mine de circonstance et assène (« Je veux ») que la France doit « retrouver un leadership diplomatique pour pouvoir reconstruire une solution politique de sortie de crise en Syrie qui inclut justement l’ensemble des protagonistes ». « Merci Emmanuel Macron », conclut Laurent Delahousse, et en­voyez la météo, ce qui évitera d’avoir à demander à Macron si, dans son es­prit, « l’ensemble des protagonistes » inclut, par exemple, l’Etat islamique, ou les groupes terroristes affiliés à Al Qaida. Oui ? Non ? Pas intéressant sans doute…
Le problème n’est pas tant que le sys­tème politico-médiatique roule dans sa quasi-totalité pour Macron – le mê­me système roulait pour Hillary Clinton et pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne –, c’est que Macron et ses « helpers » – son équi­pe – en maîtrisent, techniquement, et plus que tout autre, toutes les subtilités de temps, de lieu, de pratiques, de co­des, etc.

Un rapport de forces droite/gauche déséquilibré
Aucun grain de sable n’est venu pour l’heure enrayer une mécanique millimétrée, dont on ne sait si elle fera de lui un bon président de la République mais dont on est certain qu’elle ferait un excellent patron de TF1, qui saurait, mieux encore que Patrick Le Lay, faire fructifier le « temps de cerveau disponible » du téléspectateur-électeur – il le prouve chaque jour.
Les bonnes nouvelles – parce qu’il y en a quand même ! –, c’est qu’à l’heu­re où nous écrivons ces lignes, il reste un mois avant le premier tour, que trois débats sont à venir, dont l’un aura eu lieu avant que ce numéro paraisse (voir page 4), et qu’il est un élément qui demeure non maîtrisable : le facteur humain du candidat lui-même.
Il suffit d’un rien pour que les Français prennent conscience, pour le trouver rédhibitoire, que le tempérament souvent exal­té de Macron ne sied guère à la fonction présidentielle, qui requiert une parfaite maîtrise de soi et de la sérénité en toute circonstance. Un emportement lors d’un débat… Une attaque qui le fait sortir de ses gonds… Ou, pire : un soutien clair et net de François Hollande, qui ferait l’effet d’une douche froide sur une large part de son électorat.
Et puis il y a cette immense majorité de Français qui ne savent toujours pas à qui ils vont accorder leur suffrage, et qui, pour certains – nous en avons re­ncontré –, en cette période de confusion intellectuelle proprement invraisemblable dont nous nous efforcerons, après le scrutin, d’établir les responsabilités, se demandent s’ils vont voter pour Marine Le Pen, pour François Fil­lon ou pour Emmanuel Macron ! Avec des motivations de vote qui oscillent, selon le nom du candidat mis provisoirement en avant, entre défense de l’identité et retour à l’ordre (pour Ma­rine Le Pen), envie d’éliminer la gauche dès le premier tour (pour François Fil­lon, « malgré tout ») et aspiration à voir une nouvelle génération arriver au pouvoir couplée à un besoin de liberté (pour Emmanuel Macron).
A la lecture des différents sondages, on s’aperçoit aussi que, en l’état actuel du corps électoral, le total des voix re­cueillies par les candidats clairement de gauche (Macron, Hamon, Mélenchon, Arthaud et Poutou) s’élève… à plus de 50 % ! Jusqu’à 52,5 % dans le son­dage Kantar-Sofres pour « Le Fi­garo » publié le 19 mars !
Soit cela fait dix ans que nous n’a­vons rien compris à la droitisation de la société, soit il serait temps que l’électorat de droite sorte de sa torpeur. Et de ses hésitations et se bouge le…   
Marc Bertric

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