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La France, pompe à fric du foot africain

La compétition de football qui se déroule actuellement au Gabon s’intitule « Coupe d’Afrique des Nations Total » ! Le groupe pétrolier français est en effet devenu le sponsor numéro un du foot africain, aux côtés de l’opérateur de téléphonie Orange, par l’entremise du groupe Lagardère Sports. Grâce à ces entreprises françaises, la Confédération africaine de football compte récolter près d’un milliard d’euros.

Quand, en juin et juillet derniers, la France a accueilli l’Euro de football, qui a consacré le Portugal, c’é­tait la 15e édition du cham­pionnat d’Europe, créé en 1960. Or aujourd’hui, quand, du 14 janvier au 5 février, le Gabon reçoit la CAN (Cou­pe d’Afrique des Nations) inaugurée en 1957, c’est sa 31e édition. Les mathématiques sont pourtant les mêmes sur les deux continents. Le différentiel s’explique : alors que l’Euro est organisé tous les quatre ans, la CAN est disputée tous les deux ans.
Pour justifier cette fréquence élevée, les dirigeants africains expliquent que la CAF (Confédération africaine de football) étant le parent pauvre du football mondial, la multiplication des compétitions permet de faire tomber un peu plus d’argent dans les caisses. A l’occasion de cette CAN organisée au Gabon, il semble en effet y avoir du beurre dans les épinards. Et même des épinards en surplus. Les primes de participation ont été revues à la hausse. L’équipe qui gagnera la coupe touchera un chèque de 4 millions de dollars, alors qu’en 2015, lors de la précédente édition, le vainqueur n’avait touché qu’1,5 million.
Globalement, les seize équipes participant à la CAN 2017 se partageront seize millions, alors qu’en 2015, la dotation n’était que de dix millions. Cette gratification est due à l’arrivée d’un nouveau sponsor.

Montant du sponsoring ? C’est l’écran Total
Le 21 juillet 2016, un communiqué de presse a créé la sensation : « La Confédération africaine de Football (CAF) et Total annoncent aujourd’hui un accord au terme duquel Total de­vient le sponsor officiel du football africain pour les huit prochaines années. Le Groupe va soutenir les dix compétitions principales de la CAF, à commencer par la prochaine édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), dont la notoriété dépasse les frontières du continent. Elle sera dénommée “Coupe d’Afrique des Nations Total“ et aura lieu au Gabon du 14 janvier au 5 février 2017. »
Le groupe pétrolier français (qui est la major compagnie en Afrique, où elle réalise 30 % de sa production avec 678 000 barils par jour) a donc décidé de faire carburer le foot africain au su­per. Président de la CAF, le Camerounais Issa Hayatou (ci-contre) s’est immédiatement frotté les mains : « Ce partenariat est un cap majeur franchi dans notre recherche perpétuelle de ressources supplémentaires à même de permettre au football africain d’accélérer son développement […] Total contribuera grandement à la volonté de la CAF d’œuvrer en permanence pour l’épanouissement de la jeunesse africaine. »
Dans sa recherche perpétuelle de ressources pour… l’épanouissement de la jeunesse, la CAF a donc touché le gros lot. Mais à combien s’élève ce jackpot quand on sait que pour aider le foot africain, Total a renoncé à toute publicité dans le sport automobile et la formule 1 ? C’est top secret ! « Minute » a contacté le service communication de Total. On nous a expliqué que financer la CAN était un bon investissement car la compétition est très populaire, mais en revanche, question oseille, tintin : « On ne communique pas sur le budget sponsoring. » Et on nous a posé une question surprenante et intéressante : « Est-ce que vous savez, vous, le montant de l’enveloppe attribuée par Orange ? »

Orange n’est pas pressé de répondre
Effectivement, l’opérateur téléphonique français crache aussi au bassinet. Avant le contrat signé par Total en juillet dernier, Orange était le principal sponsor de la CAF. Avec l’arrivée du géant pétrolier, on imaginait le départ du colosse des télécommunications. Eh bien, on se trompait ! En décembre dernier, un communiqué a annoncé que l’opérateur rempilait : « Orange signe un nouveau partenariat de huit ans avec la Confédération africaine de Football (CAF) en tant que Sponsor Officiel de cinq compétitions majeures de la CAF sur la période 2017-2024. Avec comme point de départ la Coupe d’Afrique des Nations Total (CAN) au Gabon en janvier 2017. » Pour quel montant ? « Minute » a donc con­tacté le service communication de Orange. Nous avons obtenu la même réponse que chez Total : « On ne donne pas les chiffres du budget sponsoring. »
L’argent du sponsoring de Total, plus celui d’Orange, ça doit pourtant peser lourd. Par recoupement, on peut se faire une idée. Car entre la CAF et ses sponsors, il y a un intermédiaire, une société qui gère en exclusivité les droits marketing et télé des compétitions organisées par la CAF. C’est la société française Sportfive, aujourd’hui appelée Lagardère Sports, qui est le département marketing du groupe présidée par Arnaud Lagardère.
En juin 2015, la Confédération africaine de Football et Sportfive ont re­nouvelé pour une période de 12 ans (2017-2028) le contrat pour la commercialisation des droits média et marketing des principales compétitions organisées par la CAF. Et dans un communiqué, cette dernière a annoncé la couleur de l’argent : « En renouvelant sa confiance à Sportfive pour la commercialisation des droits média et des droits marketing de ses principales compétitions jusqu’en 2028, et ce pour un minimum garanti d’un milliard de dollars américains, la Confédération africaine de Football (CAF) permet au football africain d’envisager l’avenir avec un minimum de sérénité. En comparaison avec le précédent contrat, ce minimum garanti d’un milliard de dollars américains représente une augmentation très substantielle. »
Voilà enfin un chiffre ! Lagardère (dont, pour les droits télé, les meilleurs clients sont Canal + et BeIN Sports, la chaîne qatari implantée en France) a garanti sur douze ans un revenu minimum d’un milliard de dollars, soit 934 millions d’euros ! Même si les contrats (renouvelables) de Total et Orange ne portent que sur huit ans, ça donne une idée de leurs investissements.

La plaie pourrait venir d’Egypte
Alors injecter autant d’argent dans le football, est-ce bien raisonnable ? Car le football mondial souffre de scandales à répétition. En 2015, le Suisse Sepp Blatter, président de la FIFA (Fédération internationale de football), et le Français Michel Platini, président de l’UEFA (la fédération européenne) ont été virés sur des soupçons de corruption. Les dirigeants africains sont-ils plus recommandables ?
Président de la CAF depuis 1988 et candidat à sa réélection en mars prochain, l’indéboulonnable Camerounais Issa Hayatou, 70 ans, a quelques casseroles mais aucune sur le feu.
Il s’est murmuré que le Qatar avait acheté les voix de dirigeants africains pour obtenir l’organisation de la Coupe du monde en 2022, mais les dirigeants concernés assurent que l’argent était uniquement destiné à l’épanouissement de la jeunesse africaine.
Pourtant, il y a aujourd’hui dans le ciel un gros nuage qui prend forme. Le 5 janvier, l’antenne africaine de la très british BBC a annoncé que Hayatou était visé par une enquête pour abus de pouvoir. Le siège de la CAF étant au Caire, les autorités égyptiennes au­raient ouvert une enquête concernant le contrat signé en 2015 avec Lagardère Sports, car ce marché à un milliard de dollars n’aurait fait l’objet d’aucun appel d’offres, ce qui en Egypte constitue un délit.
La CAF a aussitôt démenti : « Des informations erronées, publiées par la presse égyptienne depuis hier, et largement relayées à travers le monde, font état d’une recommandation faite au procureur général de l’Egypte, de poursuites pour corruption contre le président de la Confédération africaine de Football. […] La CAF tient à préciser que le contrat avec Lagardère Sports ne contrevient en rien à une législation nationale ou supranationale, tel qu’établi par des opinions juridiques catégoriques à ce propos. »
Incidemment, la CAF reconnaît toutefois avoir reçu un courrier officiel : « Il est à noter que dans la lettre adressée à la CAF par l’Autorité égyptienne de la concurrence, il n’est point fait mention de poursuites quelconques contre le président de la CAF que ce soit pour des faits de corruption ou autre chose. » Cela prouve toutefois que les autorités égyptiennes, via son autorité de la concurrence, s’intéressent de près au renouvellement du contrat Lagardère, même si pour l’instant elles n’ont notifié aucune poursuite officielle. Pour ne pas gâcher la CAN ?   
Pierre Tanger

 

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