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Où veut vraiment aller Robert Ménard ?

Il était une fois un ancien trotskyste, ancien socialiste, ancien sarkozyste, ancien humanitaire, ancien journaliste, ancien employé du Qatar, qui, un beau matin du début des années 2010, considéra que les habits neufs du Front national brillaient fort bien au soleil médiatique, tel l’habit d’un torero au centre de l’arène de Béziers un soir de feria. C’est pourquoi, après une bril­lante campagne électorale menée au pas de charge, il devint maire de Bé­ziers, ce qui, depuis lors, fait de lui, il ai­me à le rappeler souvent, « le patron de la plus grande ville élu avec le soutien du FN ».

Un alien de la politique
Cet homme, bien sûr, c’est Robert Ménard, l’« ovniprésent » ex-chef de Reporters sans frontières. Car l’homme dont le service communication vient d’utiliser pour une affiche anti-mi­grants le thème de David Vincent et des Envahisseurs, est un alien de la politi­que. Où va-t-il ? Que veut-il ? Et d’ail­leurs, veut-il vraiment aller quelque part ? Telles sont les questions qui alimentent les conversations biterroises – mais aussi parisiennes – depuis plusieurs mois. Le sait-il lui-même ?
Un de ses anciens proches le proclame volontiers : « Ménard est son propre combustible. Mairie ou politique, il ne tient pas en place. Mais il ne peut avancer qu’en tournant autour de lui-même. Un peu comme une tornade. Hormis que la nature ne lui ayant pas octroyé de tels pouvoirs, il se contente d’être une toupie. » Et d’ajouter : « Il ne sait pas vraiment où il va ni comment en revenir. Qu’importe ! Qu’il tourbillonne et le voilà comblé. Lui-même, voici son panorama. Le jour qui vient, peut-être son lendemain, voilà tout son horizon. »
Cette opinion tranchante n’est pas loin d’être partagée par Marine Le Pen. La présidente du Front national considère le maire de Béziers comme un voltigeur utile mais qui pourrait être, un jour, encombrant.
Utile en ce qu’il ouvre des débats que le FN ne peut ou ne veut plus assumer.
Encombrant par ses méthodes choc qui cadrent mal avec la ligne Philippot ou l’axe de la « France apaisée ».
On a pu le vérifier voici seulement une semaine quand Marine Le Pen a condamné l’affiche anti-migrants de Robert Ménard : « Moi j’ai toujours considéré que tout ce qui pouvait laisser penser que l’on pourrait reprocher à titre individuel aux immigrés de venir est malvenu, pour une raison très simple, c’est qu’en fait la responsabilité de leur venue, c’est la responsabilité des dirigeants politiques de la France. »

Des procès en rafale
Et pourtant, c’est là le grand mérite de Robert Ménard : il fait du bruit, il ameute l’opinion, il cristallise les passions, il repousse la frontière. Toujours plus loin, non vers la droite, mais vers l’indicible. Ménard est un sale gosse qui se régale des gros mots interdits par le politiquement correct. Pour lui, transgression vaut action. Lumière médiati­que vaut existence. Tambour populiste donc, mais assumé.
Et le risque est pour lui et seulement pour lui. A lui les procès, les menaces, les manifs devant son domicile. Les islamistes de Béziers – et de France – ne s’y trompent pas. Le maire de Béziers est devenu avec Eric Zemmour l’un des deux « grands Satan » des salafistes. Le conseil municipal a été attaqué à trois reprises en deux ans par une vingtaine de militants menés par un con­verti qui prétend être un… indicateur de police !
Le dernier assaut, c’était le mardi 18 octobre. Il s’agissait cette fois d’empêcher les élus de voter la consultation par référendum des Biterrois à propos de l’implantation de migrants de Calais dans le centre ville. Une nouvelle fois, les islamistes ont pu agir en toute impunité. La police nationale a pris tout son temps pour intervenir. Il est vrai que pour le préfet de l’Hérault ou le procureur de Béziers, l’ennemi, c’est Mé­nard ! La moindre de ses initiatives finit devant un tribunal.
Une garde municipale biterroise dans le contexte de l’après Bataclan ? Tollé ! Amalgame (« milice ») ! Procès in­tenté par la préfecture ! Condamnation à annuler la délibération. Le fi­chage ADN des chiens pour lutter con­tre les déjections canines et retrouver les maîtres indélicats ? Tollé ! Amalgame (« heures les plus sombres ») ! Procès intenté par la préfecture ! Suspension en référé de la décision, qui doit en­core être jugée sur le fond…
Ce sera bientôt le tour du référendum sur les migrants, voté en conseil municipal et dont la préfecture de l’Hérault, toujours elle, va « demander la censure par le juge administratif par la voie d’un référé-suspension ». Le procès sera per­du, bien évidemment, car le sujet ne relève pas des compétences munic­ipales. Robert Ménard le sait. Mais il prend ainsi au piège le système, soude son électorat, éveille des consciences. Tout en prenant le risque de lasser la partie la plus bourgeoise de son électorat ou d’effrayer certains de ses élus qui ne s’attendaient pas à siéger au sein d’un tel commando.

Mme Ménard à la Chambre ?
Alors ça râle, ça grince, mais ça suit. Car, pour l’heure, Ménard est le maître politique absolu de sa ville. Au point que nul ne peut imaginer que « son » candidat à la législative de juin 2017 puisse être battu. Son candidat… ou sa candidate. Car tout le monde est persuadé que, ne pouvant y aller, il choisira sa femme, Emmanuelle Duverger, journaliste et directrice de Boulevard Voltaire. Plutôt un bon choix et sans doute le seul possible dans un Béziers où les pro­fils politiques compatibles et de ta­lent sont rares ou suspects d’indépendance vis-à-vis de monsieur le maire.
La candidature de madame présente pourtant quelques dangers. Celui de se voir accuser de népotisme, évidemment. Toujours gênant pour un homme qui a fait signer une charte à ses élus leur interdisant de briguer un autre mandat que municipal. Mais pas seulement. Si la victoire est probable, elle n’est pas certaine. En personnalisant cette élection, le maire de Béziers joue à quitte ou double. Ou il gagne par anticipation la municipale de 2020 ou bien alors il se fragilise considérable­ment et permet la coagulation des mé­contentements externes et… in­ternes.
Car il est peu de dire qu’en moins de trois ans, l’équipe municipale s’est fissurée. Des élus de la majorité votant con­tre le maire dès qu’un vote à bulletin secret le permet, l’ensemble de ses collaborateurs de la première heure partis sous d’autres cieux, un Front national local las de son mépris, tels sont tous les ingrédients d’une fin de règne alors même que tous les succès semblent promis localement. C’est le paradoxe Ménard. Toujours sur le fil du rasoir. Toujours prêt à changer de cheval de bataille. Toujours prêt au mouvement. Et même à quitter la mairie avant 2020 comme il le clame lors de ces crises d’angoisse qui le frappent régulièrement.
Pour l’heure, toute son énergie est concentrée sur la présidentielle. Y jouer un rôle est depuis un an sa constante obsession et, dans ce contexte aussi po­litique que psychologique, sa grande affaire reste celle du thème du Rendez-vous de Béziers de fin mai : l’union des droi­tes. Le rassemblement n’a été un échec que par la voix médiatique qui voulait qu’il en soit ainsi et par le jeu de Marine Le Pen inquiète de donner quel­que consistance à un objet politique qu’elle ne contrôlerait pas.

Détesté des islamistes, vomi par les journalistes, craint par ses élus, méprisé par une partie de ses collaborateurs, tenu en suspicion par le Front national, mais adoré par une bonne part des Biterrois, qui est vraiment Robert Ménard ? Un Charles Martel en écharpe bleu-blanc-rouge ? Un fin tacticien des médias ? Un maire de choc ? Ou, tout simplement, un tambour du populisme ?

Les rendez-vous du Train bleu
Désormais, le prochain grand rendez-vous de Ménard, c’est Paris. Il s’y est activé tout l’été, recevant l’un après l’autre à une table du restaurant de la gare de Lyon, le Train bleu, toutes les personnalités de cette droite qui ne se reconnaît ni dans Les Républicains, ni dans le Front national, tout en évoluant aux marges de l’un ou de l’autre. Un ma­nifeste a été publié par « Valeurs ac­tuelles » en septembre, sans causer grand bruit.
La prochaine étape est l’organisation le lundi 12 décembre à la mutualité d’un meeting avec (presque) tous les tenants de la « droite hors des murs », cet étrange concept qui mêle des personnalités admirablement libres et des individus parfaitement isolés. Parmi les premières, Karim Ouchikh, le président du Siel, y sera. Ainsi que Jean-Frédéric Poisson, le patron du PCD et révélation de la primaire de la droite. Le MPF de Villiers sera représenté, mais avec ou sans Villiers ? L’entrepreneur Charles Beigbeder devrait être là. Qui d’autre ?
Et Marion Maréchal-Le Pen ? Mé­nard le souhaiterait. La « ligne Marion » est, paraît-il, sa ligne. Mais au bout de toute ligne, il y a un hameçon et celui de Robert Ménard est un peu trop visible pour que la prudente député du Vaucluse y morde. Car de deux choses l’une : ou bien l’action de Robert Mé­nard vise à rabattre vers le FN, à créer des compagnons de route, ou alors il ne s’agit que de bains de pieds dans un Rubicon jamais franchi. Dans les deux cas, la nièce de Marine Le Pen ne serait qu’un instrument. Alors quel lendemain pour ce meeting de la Mutualité ? Il est vraisemblable que le maire de Bé­ziers ne le sait pas lui-même.
Et nous revoilà à notre point de dé­part. Où va Robert Ménard, où peut-il arriver ? La réponse est peut-être dans son livre qui paraîtra dans trois semai­nes chez Pierre-Guillaume de Roux, Abécédaire de la France qui ne veut pas mourir.
Un livre dont il a reculé la parution à plusieurs reprises depuis un an et qui a effrayé d’importantes maisons d’édition.
Un livre où il s’est promis de dire ce que le FN ne dit plus. Sans nul doute l’essentiel pour Robert Ménard : qu’on parle de lui. Et pourquoi pas ? Il faut que quelqu’un frappe sur le tambour com­me jadis on sonnait le tocsin, et dans ce rôle-là, il est insurpassable.   
Claire Baïgorry

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