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Le duel, cette passion française

François Hollande reprend du poil de la bête, ou du moins il essaye. A la salle Wagram, le président a prononcé un discours de futur candidat à la présidentielle. Visiblement, il rêve d’en découdre avec ses adversaires, et surtout avec son ennemi intime, Nicolas Sarkozy. Telle est la logique de l’élection présidentielle : elle finit toujours par un duel. Est-ce d’ailleurs un hasard ?
Le dernier duel à l’épée de l’histoire de France a opposé, en avril 1967, deux hommes politiques : le socialiste Gaston Defferre et le gaulliste René Ri­bière (ci-contre). On s’arrêta au premier sang, mais les vieux usages avaient été scrupuleusement respectés.
Le duel est une spécialité française. Si les étudiants allemands ont pratiqué jusqu’à nos jours la « Mensur », ce duel d’étudiants ritualisé, les Français, pendant plusieurs siècles, se sont montrés les plus acharnés à se battre pour les prétextes les plus divers, malgré les interdictions formelles de l’Etat et de l’Eglise. Il aura fallu à notre pays quatre siècles pour venir à bout d’une coutume pourtant universellement condamnée.
A l’origine, il y a le duel judiciaire, censé apporter la preuve par les armes. Le plus fameux exemple sera le combat entre Jarnac et La Châtaigneraie, en 1547. Puis, le roi n’accordant plus le combat singulier, les gentilshommes s’en passèrent pour s’entrégorger joyeusement. Le règne d’Henri III vit alors fleurir de véritables massacres perpétrés pour un rien, une contradiction ou la coupe d’un pourpoint. Le fameux Bussy d’Amboise, immortalisé par Alexandre Dumas dans La Dame de Monsoreau, était dans la réalité un enragé (un psychopathe ?) cherchant toujours une occasion d’estourbir son prochain, fût-il de ses amis.
A propos de Dumas, quiconque a lu Les Trois Mousquetaires peut croire qu’il exagère sur la fréquen­ce des duels. En réalité, notre romancier demeure largement en dessous de la vérité. Depuis le règne d’Henri III jusqu’à celui de Louis XIII, la folie n’a fait qu’empirer. Et n’allons pas imaginer des affrontements policés où les témoins garantissent la régularité du combat. Le duel d’alors ne con­naît pas de témoins, il ne connaît que des seconds, lesquels se battent aussi, transformant l’affrontement en une véritable bataille privée. Il n’est pas ra­re qu’un duel laisse trois personnes sur le carreau. C’est ainsi que se termina, en 1614, le combat (aux flambeaux !) entre le marquis de Rouillac et le seigneur des Marais au cours duquel Rouillac expédia son adversaire et le second de ce dernier, tandis que son propre second était embroché promptement.
Les victimes de cette mode se chiffrent chaque an­née par milliers. Le duel s’apparente à un véritable suicide collectif, celui d’une noblesse qui refuse de se soumettre à l’absolutisme naissant. Henri IV, puis Louis XIII et Richelieu, ont beau promulguer tous les édits et faire tomber la tête du duelliste Bouteville, rien n’y fait. Les textes sont régulièrement con­tournés et les poursuites sont rarement suivies d’effet. Les coupables encore vivants passent quel­ques semaines à l’étranger puis reviennent tout naturellement prendre leur service dans l’armée du roi. D’ailleurs Corneille, dans Le Cid, leur donne d’a­van­ce raison, qui fait dire à l’un de ses personnages : « Qui ne craint point la mort ne craint point les menaces. 
/ J’ai le cœur au-dessus des plus fières disgrâces ; 
/ Et l’on peut me réduire à vivre sans bonheur,
 / Mais non pas me résoudre à vivre sans honneur. » Ainsi se maintiendra la « tyrannie du point d’honneur », malgré tous les efforts des rois.
Quand la Révolution éclatera, certains imagineront en avoir fini avec ce dernier vestige de la féodalité. Ce sera l’inverse qui arrivera. Le duel, jusque-là réservé à l’aristocratie, va se démocratiser. Au XIXe siècle, la bourgeoisie, enflammée par les auteurs romantiques (à commencer par Dumas), va céder elle aussi aux attraits du combat singulier, à l’arme blanche ou au pistolet.
En 1888, quand le général Boulanger interdira les duels obligatoires dans l’armée, les duellistes se recruteront principalement dans le milieu politique et dans la presse, souvent à gauche d’ailleurs puis­que l’un des plus fameux duellistes d’alors n’est autre que Clemenceau. Le duel devient décidément une conquête de la République. La guerre de 14-18, avec ses hécatombes, sonnera la fin du « point d’honneur » et le duel ne fera plus florès qu’au cinéma. Mais combien d’hommes politiques modernes, de tous les camps, se rêvent encore, un peu naïvement, dans la peau d’un mousquetaire, flamberge au vent !   
Jean-Michel Diard

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