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Bienvenue chez les djihadistes anonymes

«Une collision fait de nom­breuses victimes à Nice. Charles-Adrien, le con­ducteur du camion fou, est décédé sur le coup. Une enquête est en cours. »
Voilà à quoi pourrait bientôt ressembler un compte rendu d’attentat dans les médias français depuis qu’une partie d’entre eux, interpellés par des hommes politiques et par des intellectuels qui, eux, veulent bien que leur nom soit écrit en gros, s’est mise en tête qu’ils faisaient de la publicité aux terroristes en donnant leurs nom et prénom, en publiant leur photographie ou en détaillant « la commission de leurs crimes », comme dirait Cazeneuve.
BFM TV, Europe 1 et « Le Monde » ont déjà décidé de ne plus publier de photos des terroristes islamistes. Euro­pe 1 (comme « La Croix ») ne donnera même plus leurs noms, juste leurs initiales. Comme si le Français moyen, qui voit que le prénom du gars commence par M., allait croire qu’il se prénomme Marcel. On imagine déjà les discussions au bistrot du coin : « A tous les coups c’est Mohamed ! » « Ah non, moi je suis sûr que c’est Mouloud ! » « En tout cas, c’est pas Marie ! » « Remarque, M., ça veut peut-être dire musulman ? » André Bercoff a trouvé la formule qui fait mouche : « Du f(l)outage de gueule ».
La décision de ces médias est justifiée par le fait que la publicité donnée aux auteurs des attentats leur ferait trop d’honneur et pourrait occasionner des vo­cations. Raisonnement nombriliste de dirigeants de médias qui se croient le centre du monde et ont attendu Saint-Etienne-du-Rouvray pour parler de Telegram, l’application préférée des djihadistes grâce à laquelle les deux dji­ha­distes de l’église se sont retrouvés et qui a déjà donné un coup de vieux à Facebook et à Twitter : elle présente l’immense avantage sur ces deux ancêtres d’être cryptée. Et cette messagerie instantanée permet de tout diffuser, vidéo incluses.
Comme l’explique David Thomson, journaliste spécialiste du djihadisme : « Les djihadistes n’ont pas besoin des médias de masse pour exister. Ils ont leurs propres agences de presse, leurs propres organes de production et de diffusion via Internet. Nous ne sommes plus à l’époque où Al-Qaeda devait envoyer une cassette VHS de Ben Laden à la chaîne de télévision Al-Jezira. Aujourd’hui, les médias classiques n’ont plus la main, les cercles jihadistes fonctionnent en parallèle. »
Certains trouvent néanmoins qu’il faut aller encore plus loin, jusqu’à « anonymiser » les auteurs. Ainsi de Bernard-Henri Lévy – lui a de la chance, même si on écrit BHL, on le reconnaît –, qui en appelle à un « grand accord » entre les médias afin de « ne plus donner ni le nom, ni la photo, ni l’itinéraire et la vie des assassins djihadistes ». Ni la religion ? Ainsi, également, d’une belle brochette de parlementaires, dont Hervé Mariton, qui voudraient légiférer pour imposer la censure !
« Il nous faut […] collectivement revoir la manière dont les actes terroristes sont couverts par les médias, explique Mariton. Le délit d’apologie de terrorisme existe. Mais comment pouvons-nous empêcher toute forme de promotion des terroristes, afin de ne pas les starifier, parachevant ainsi leur quête de martyre ? Et éviter ainsi de faire naître de nouvelles vocations ? Sauf avis de recherche, on peut interdire de diffuser les noms et les photos des terroristes, et de s’épancher sur leur mode opératoire. »
Juliette Méadel, secrétaire d’État chargée de l’Aide aux victimes, a même lancé une « réflexion » sur la couverture médiatique des attentats, constituant « un groupe de travail, constitué de spécialistes des médias et de la mémoire de guerre », qui fera des propositions en septembre.
« Le nom des terroristes est un élément d’information objectif essentiel pour comprendre ce qui se joue sur notre sol, et notre devoir est de le porter à la connaissance de nos lecteurs ou de nos internautes », a pour sa part répondu Alexis Brézet, directeur des rédactions du « Figaro » : « Si l’on veut lutter contre ce mal absolu qu’est le terrorisme islamiste, nous devons d’abord collectivement nommer les choses, nommer les gens, et les montrer. »
Et les laisser parler, pour que l’on sache, par exemple, que, pour Yamina Boukezzoula, la mère d’Abdel Malik Petitjean (photo), l’un des deux djihadistes de Saint-Etienne-du-Rouvray, ce qu’a fait son fils n’était qu’« une connerie à deux balles »…    M. B.

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