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L’amnésie de François Hollande

« Tuer un prêtre, c’est profaner la République », a dit François Hollande. Ce n’est pas exactement ce que montre l’histoire…

Le catholicisme va-t-il être agrégé aux mystérieuses « va­leurs de la République », auxquelles le président de la Ré­publique et le premier mi­­­nistre ont coutume de se référer sans jamais prendre la peine d’en préciser le con­tenu ? Jusqu’à l’assassinat du père Jac­ques Hamel, une telle éventualité serait apparue, au mieux comme un vœu pieux, au pis comme une vue de l’esprit. Mais le 26 juillet, après le martyre du père Hamel, François Hollande a déclaré, depuis l’Elysée : « Tuer un prêtre, c’est profaner la République. »
Surprise. En bon français et selon le dictionnaire, profaner signifie : « Souiller les choses sacrées, traiter avec irrévérence les choses de la religion ».
L’odieux assassinat d’un prêtre en train de célébrer la messe est donc bien une profanation, et du pire acabit ; mais que vient faire en l’affaire une République laïciste, dont le gouvernement socialiste ne nous a guère accoutumé, depuis l’élection de François Hollande, à témoigner de la bienveillance à l’Eglise catholique ?
Si le président de la République a quelques trous de mémoire, « Minute » peut l’aider à les combler, concernant les rapports que Marianne a entretenus dès sa naissance avec le clergé ca­tholique. Car si « tuer un prêtre, c’est profaner la République », force est de constater que cette dernière s’est profanée elle-même, dès sa naissance.

Jureurs ou réfractaires, à la guillotine !
Immédiatement après la chute du trône le 10 août 1792, les massacres de septembre (2 au 7 septembre 1792) baptisèrent la République dans le sang des prêtres (Marianne I sera proclamée le 22 septembre). Les toutes premières victimes en furent 19 prêtres « réfractaires », qui avaient refusé de prêter le serment à la Constitution civile du clergé (schismatique), assassinés à la prison de l’Abbaye. Le même jour, les évêques d’Ar­les, de Saintes et de Beauvais, ainsi que plus d’une centaine de prêtres, furent tués à coups de fusil, de pique et de sa­bre aux Carmes. De nombreux prêtres et religieux figurèrent parmi les quel­que 1 400 victimes de ces massacres. 191 d’entre elles (3 évêques, 127 prêtres séculiers, 56 religieux et 5 laïcs) furent béatifiés par Pie XI en 1926. Le 16 octo­bre prochain, le pape François canonisera l’une d’elles, Salomon Leclercq, assassiné aux Carmes.
Ce n’était pourtant que le début des persécutions, qui s’aggravèrent sous la Convention en l’An II et n’épargnèrent même pas le clergé « constitutionnel », autrement dit les prêtres « jureurs » qui, à l’image de l’abbé Grégoire panthéonisé par François Mitterrand, avaient épousé la cause de la Révolution : dé­portation ou exécution des prêtres ré­fractaires, suppression de quatre mille paroisses, campagnes de « déprêtrisation » visant à contraindre les prêtres as­sermentés à abdiquer leur sacerdoce et à abjurer la foi, incitation au mariage des prêtres, remplacement du calendrier chrétien par le calendrier révolutionnaire et du dimanche par le décadi, institution du mariage civil et du di­vorce… L’ensemble de ces actions, ob­serve Jean de Viguerie dans son livre Christianisme et Révolution, « constitue un système de déchristianisation cohérent et redoutablement efficace. »
Les résistances étaient punies de mort, même lorsqu’elles émanaient de prêtres « jureurs » : Jean de Viguerie cite ainsi le cas de l’abbé Gravier, premier vicaire de Saint-Roch à Paris, con­damné à mort pour avoir incité ses pa­roissiens à protester contre la fermeture de son église, et guillotiné malgré deux mémoires en faveur du divorce et du ma­riage des prêtres, rédigés en prison pour montrer sa bonne volonté.
L’historien fait par ailleurs état du « palmarès officiel » de 869 martyrs de la Révolution proclamés bienheureux par l’Eglise ou sur le point d’être reconnus comme tels lors de la parution de son livre, en 1986 : parmi eux, les 16 carmélites de Compiègne qui inspirèrent à Bernanos son Dialogue des carmélites, 15 religieuses de Valenciennes, 32 de Bol­lène, les 99 martyrs d’Angers (12 prê­tres, 3 religieuses et 84 laïques)… Sans compter les 143 prêtres noyés par Carrier à Nantes en 1793, auxquels il faut ajouter les prêtres morts en déportation et tous ceux qui ne sont pas en­core montés sur les autels, mais montèrent en revanche à l’échafaud. Jean de Viguerie estime le nombre des victimes de cette grande persécution à 2 000, dont une moitié de prêtres.

L’abbé Voineau, la langue et le cœur arrachés…
Ce chiffre ne tient évidemment pas compte du génocide vendéen, dont le massacre des Lucs-sur-Boulogne par les colonnes infernales est resté symbolique : plus de 560 personnes y périrent, dont 109 enfants de moins de sept ans. Le curé du Petit-Luc, l’abbé Voyneau, qui s’était porté à la rencontre des bleus pour protéger ses paroissiens, atrocement torturé, eut la langue et le cœur arrachés.
Après une accalmie qui suivit la chu­te de Robespierre, la persécution reprit après le coup d’Etat de Fructidor, démocratiquement réalisé par les républicains pour casser les élections qui avaient donné la victoire à la droite... A la suite du décret du 19 fructidor, qui relança la persécution religieuse, 1 701 prêtres furent condamnés à la déportation et 232 envoyés en Guyane, où plus de la moitié moururent dans l’année, en raison de conditions de vie ex­trêmement dures. Par ailleurs, une quarantaine furent fusillés.
Tout cela pour qu’en janvier 2015, le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, évoque à propos du terrorisme islamique « le temps qu’il a fallu pour faire accepter à la religion catholique le fait qu’il y a une religion suprême pour chacun d’entre nous : c’est la religion de la République. » Avec toutes ses valeurs ?   
Henri Langeau

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