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Fance, l'armée d'Allah est déjà chez toi

Cela devient une manie, en Europe, de confondre les moyens et les objectifs. Déjà après le massacre du Bataclan, l’islamologue Gilles Kepel expliquait, dans « Le Monde », que l’objectif de l’Etat islamique était de « déclencher une guerre civile ». L’idée s’est propagée dans tous les esprits. Elle fait désormais partie des idées les plus communément admises et la contester fait inéluctablement basculer dans le camp de celui qui souhaite cette guerre – et qu’il faut donc faire taire, puisque la guerre, c’est mal, que la guerre civile, c’est encore plus mal. Bref, la qualité d’une réflexion ne se mesure plus qu’à l’aune de la morale.
Cette affirmation péremptoire, qui souffre d’autant moins la contradiction qu’elle est partagée par tous les responsables politiques, est de même nature que celle qui a consisté à proclamer que nous en étions en guerre « contre le terrorisme ». Il a fallu attendre l’attentat de Nice pour que le chef de l’Etat finisse par concéder que nous avions pour ennemi le « terrorisme islamiste ». Une évolution sémantique certes insuffisante mais qui dénote déjà un bel effort intellectuel de la part du président du conseil général de Corrèze promu, par application du principe de Peter, président de la République française.
Que les terroristes islamistes, comme l’a déclaré le même Hollande depuis Lisbonne, veuillent « nous diviser, nous monter les uns contre les autres » est, à supposer que cela soit vrai, tout autant un moyen que l’est pour eux le terrorisme. Estimer que la « guerre civile » est un objectif en soi est aussi sot que de penser que l’instauration d’élections libres est un aboutissement. Sauf, évidemment, si l’on considère que pour un islamiste, il n’est d’épanouissement que dans la lutte armée perpétuelle.
Même sottise de croire que l’objectif des djihadistes est de voir la France, tout autre pays d’Europe ou n’importe quel endroit du monde plonger dans la barbarie quotidienne.
Cette « guerre civile », que l’Etat islamique cherche à déclencher, est en réalité un autre moyen – le stade abouti du terrorisme en somme – de parvenir à sa véritable fin : l’instauration d’un Etat islamique. L’objectif de l’Etat islamique, c’est d’instaurer le califat, un régime qui, sous l’autorité d’un calife – un successeur de Mahomet –, serait régi par la charia, placé sous la loi d’Allah, telle qu’elle est supposée avoir été « révélée » à Mahomet.
Il suffit de lire les publications de l’Etat islamique, revues et communiqués, quand elles sont en anglais, et de se les faire traduire, lorsqu’elles sont en arabe, pour comprendre que le but de Daesh est de convertir, et sinon d’asservir ou d’éradiquer, ceux qu’il appelle des « croisés ». Et, contrairement à ce qu’une propagande momentanée peut faire croire, les « croisés » ne sont pas seulement les ressortissants des pays qui participent à la « coalition » qui procède à des frappes au Levant – en Syrie et en Irak –, mais bien tous les chrétiens, compris dans un sens très large qui devrait faire réfléchir tous les talibans de la laïcité puisque le chrétien est celui qui appartient à une civilisation chrétienne : la nôtre.
Loin d’être une entreprise de division – celle qui propagerait la « guerre civile » pour le plaisir de la voir prospérer –, la croisade entreprise par Daesh – qui ne se distingue pas, en ce point, de celle menée par Al Qaida –, est au contraire une opération d’unification du monde en une oumma, une communauté des croyants, placée sous l’autorité de la loi d’Allah. Dans cette optique – et dans les textes diffusés par l’organisation terroriste –, le chrétien n’est rien de plus qu’un païen, auquel il faut faire rendre raison – et gorge si besoin est –, tout comme ne sont que des païens les israélites, les zoroastriens et les musulmans impies.
Dans les publications en anglais, comme la revue « Dabiq », qui en est à sa quinzième édition – largement disponible sur Internet, comme les quatorze précédentes –, l’expression « pagan Christian » – « les chrétiens païens » – est de celles qui reviennent le plus souvent, pour expliquer que les impies que nous sommes, sont des obstacles à l’accomplissement de la « fitrah », cet « état naturel » qui fait que chaque être humain naît… musulman. Et si, parfois, il ne le reste pas – ce qui est le cas de l’auteur de ces lignes, Allah soit maudit et tous ses successeurs avec lui –, c’est qu’il a été perverti par son éducation ou qu’il a subi l’influence néfaste de son environnement décadent. C’est donc sur ces sociétés qu’il faut agir, pour y détruire tout ce qui est pernicieux, comme la démocratie, qui est une « perversion ».
Dans un long texte intitulé « Pourquoi nous vous haïssons et pourquoi nous vous combattons », l’Etat islamique écrit : « Nous vous haïssons, d’abord et avant tout, parce que vous êtes mécréants. » La « guerre civile », à laquelle la multiplication des actes terroristes pourrait mener, ne serait, dans ce cadre, qu’une étape supplémentaire, qui dépasserait par le haut la phase du terrorisme sporadique ayant échoué à soumettre les peuples païens. Cette guerre civile permettrait alors à l’armée du califat de remporter la victoire sur les mécréants afin d’instaurer le règne d’Allah, qui seul donne la victoire. Pour l’Etat islamique, la fin (le califat) justifie les moyens (tous actes de barbarie).
Au sommet de l’Etat français en revanche, ainsi que dans la quasi-totalité des strates de la société française, nous refusons l’une sans être du tout préparés à l’autre. Pire, nous ne parvenons même plus à discerner la cause, les moyens et les objectifs. Il ne faut pas s’étonner après cela que les djihadistes aient toujours une longueur d’avance.   
« Minute »

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