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Génération Marion

Marion Maréchal-Le Pen était la vedette du colloque organisé samedi par l’Action française. Opération séduction réussie du député FN du Vaucluse en direction des jeunes royalistes.

Plus de 500 personnes présentes tout au long de l’a­près-midi, dont plus de 200 jeunes lycéens et étudiants venus de toute la France (incluant une bruyante délégation marseillaise) : le colloque tenu par l’Action Française le 7 mai dans le XVe arrondissement de Paris sous l’intitulé « Je suis royaliste, pourquoi pas vous ? Débats entre royalistes et républicains », aura marqué le grand retour de l’Action française (AF), le mouvement royaliste fon­dé en 1899 par Maurice Pujo et Henri Vaugeois.
Loin d’être un « groupuscule d’extrême droite », et malgré une audience plus confidentielle qu’avant-guerre, l’AF demeure l’une des principales éco­les de formation politique et intellectuelle de notre pays, et il s’agissait de la plus importante mobilisation des héritiers politiques de Charles Maurras depuis le centenaire de leur organisation qui s’était déroulé dans la grande salle de la Mutualité. Après des années de turbulences suite au décès de Pierre Pujo en 2007, l’AF a indéniablement réussi à capitaliser sur la Manif pour tous de 2013 en amalgamant aussi bien des royalistes de tradition que des dé­çus de la droite républicaine.
A la veille de la fête nationale et du cortège traditionnel de Jeanne d’Arc, la « vieille maison » a ainsi fait dialoguer des intellectuels (le constitutionnaliste Frédéric Rouvillois, le politologue Guillaume Bernard, l’historien Reynald Secher…), des figures de la mouvance royaliste (l’enseignant Jean-Philippe Chauvin, le journaliste Gérard Leclerc, l’avocat Benoit Dakin…) et des personnalités politiques républicai­nes : le haut fonctionnaire gaulliste Roland Hureaux, le vice-président de De­main La France Dominique Jamet et le maire de Béziers Robert Ménard (en duplex). Ce dernier est revenu sur le symbole multiculturel, très inquiétant à ses yeux, de l’élection d’un maire musulman à Londres.

Contre le régime des partis
Etaient également présents à la tribune des jeunes pousses de la « droite hors les murs » comme Geoffroy Lejeune, patron du service politique de l’hebdomadaire « Valeurs actuel­les », et Charles de Meyer, président de l’association SOS Chrétiens d’Orient. Mais la présence du jour, qui a attiré nombre de médias extérieurs, était bien le député FN du Vaucluse, Marion Maréchal-Le Pen.
C’est en élue républicaine mais aus­si un peu en amie politique que doit s’analyser sa présence et son discours. Disons-le tout net : par sa réflexion politique et historique, Marion Maréchal a impressionné son jeune auditoire. Elle a déroulé un discours très construit sur la continuité de l’histoire de France, plus gaullien que maurrassien, insistant sur les racines chrétiennes de la Fran­ce et sur le « miracle capétien » qui a accouché de la nation française.
S’appuyant, en le citant, sur les travaux de Frédéric Rouvillois (1), elle a affiché sa perplexité face au vide des va­leurs républicaines brandies en permanence par des politiciens pour masquer le vide abyssal de leur pensée. Elle a fait sienne également la distinction maurrassienne du « pays réel » et du « pays légal ». Bien sûr, elle a prêché pour sa paroisse, notamment en déclarant : « Le FN est le plus monarchiste des partis français ! » Pas sûr que le très républicain et jacobin Florian Philippot apprécie ce genre de déclaration !
Peu adepte de la langue de bois, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen a fustigé sans vergogne le régime des partis : « Je n’ai pas un attachement total au système des partis, leur dogmatisme en premier lieu. Un parti politique, ce n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. Je n’ai pas un attachement dynastique à un parti politique. » Là encore, elle se faisait gaullien­ne, concluant à la supériorité indéniable de la Ve République sur celles qui ont précédé et sur son scepticisme quant aux possibilités de retour à une mo­narchie de droit divin.
A l’écouter attentivement, Marion Maréchal-Le Pen, c’est un peu Bertrand Renouvin (2), l’antiracisme en moins, avons-nous envie de conclure. Elle a acté des convergences réelles avec l’AF sans s’encombrer pour autant de certaines scories encombrantes du maurrassisme. L’opération est, de notre point de vue, très positive : elle s’est indéniablement attirée des fidélités et a probablement séduit de futurs cadres politiques. Nous avons d’ailleurs repéré dans la salle au moins trois apparatchiks LR dont l’un nous a confié, amu­sé : « On ne va tout de même pas abandonner ce vivier politique au FN sans réagir un peu ! »
Il est vrai que l’AF a toujours eu du mal à garder ses troupes passé le temps des études et du militantisme de rue. Il reste beaucoup de chemin pour que ces jeunes successeurs de la « Génération Maurras » – qui avait éclos lors du Millénaire capétien et en opposition au bicentenaire de la Révolution française – forment une « Génération Ma­rion ». Mais l’on peut affirmer sans se tromper qu’elle a semé samedi dernier de précieux jalons en prévision de l’avenir.    
Antoine Ciney


1. Frédéric Rouvillois, Etre (ou ne pas être) républicain, Cerf, 2015.
2. Fondateur et animateur de la Nouvelle Action Royaliste qui souhaite « couronner » la Ve République.

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