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Les Philippot Brothers imposent toujours leur loi à Marine Le Pen

Plus critiqué que jamais en interne, Florian Philippot, épaulé désormais par son frangin Damien, fait toujours ce qu’il veut, comme il le veut, quand il l’a décidé. Face à eux, Marine Le Pen a failli sévir. Puis elle a cédé. Encore une fois. Si Marion Maréchal-Le Pen, elle, a fini par se retirer, il n’y est pas pour rien.

Nous sommes quelques jours après le second tour de la présidentielle et Ma­rine Le Pen, qui subit le contrecoup d’une défaite plus rude qu’envisagée nonobstant les 10,6 millions de suffrages s’étant portés sur son nom, réfléchit. Elle a compris, même si elle ne l’a pas encore confessé publiquement, que son comportement lors du débat de l’entre deux tours avait été particulièrement mal ressenti par les Français, qui n’ont pas vu en elle la femme d’Etat qu’elle voulait être. Elle a compris, aussi, que la question de la sortie de la zone euro – et donc du re­tour au franc – avait eu un effet anxiogène sur une large partie de l’électorat.
Dans les deux cas, elle est la premiè­re responsable, mais ceux qui lui ont con­seillé de suivre ces deux voies, celle de l’attaque frontale contre Emmanuel Macron et celle de la sortie de l’euro (« elle a troqué une dédiabolisation sur le racisme contre une diabolisation par la monnaie », avait déjà analysé Eric Zemmour le surlendemain du premier tour) portent, eux, une très lourde culpabilité. Or dans les deux cas, ce sont les mêmes.

« On gèrera les états d’âme plus tard »
Même si son beau-frère, Philippe Olivier, l’a poussée à se montrer d’une virulence exagérée lors du débat, dans l’espoir insensé que son adversaire per­de ses nerfs, les Philippot Brothers ne l’en ont pas dissuadée et, sur la question de la souveraineté monétaire – qui a même occulté celle, encore plus im­portante, de la sortie de l’Union européenne –, ils sont les principaux artisans du désastre.
Pour Florian Philippot, qui n’avait que dix ans lors de la ratification du trai­té de Maastricht mais en a pleuré de toutes les larmes de son corps – ce garçon sensible pleurera à nouveau, mais de joie, lors du référendum sur le Brexit –, la souveraineté est intégrale ou elle n’est pas, et elle prime sur toute autre considération. Pour son frère Damien, qui a quitté l’Ifop pour rejoin­dre Marine Le Pen peu avant la présidentielle mais avait fait sa connaissance lors d’un repas organisé par Paul-Marie Coûteaux avant celle de 2012 – il avait engagé, dès cette époque, une collaboration avec elle –, il n’y avait aucun doute : les études d’opinion, dont il se dit spécialiste, corroboraient l’analyse fraternelle.
Il n’en a rien été, et, pour l’électorat qui s’est refusé à elle, notamment celui qui s’était porté, au premier tour, sur Fran­çois Fillon, cet électorat de droite qui plébiscitait pourtant ses positions en matière d’immigration, de sécurité et de politique internationale, la « ligne Philippot », qui ne se limite hélas pas aux questions monétaires ni européen­nes, a fait l’effet d’un repoussoir.
A plusieurs de ses interlocuteurs, en tout petit comité, elle s’en ouvre. Elle a tranché. Puisqu’arrivent les élections législatives et que rien n’est définitivement acté – certes, Florian a été investi à Forbach mais la présidentielle ne lui a pas permis d’enclencher sa campa­gne, et si la circonscription de Fréjus a bien été réservée pour Damien, aucune communication n’a été faite sur son in­vestiture, hormis une fuite malencontreuse dans « Minute » –, ni l’un ni l’au­tre ne sera candidat. Cela leur fera sans doute un choc mais ils s’en remettront. « On gèrera les états d’âme plus tard. »

Damien Philippot fait un bond de mille bornes !
C’est là qu’il y a un trou dans le ré­cit. Car en quelques jours, Marine Le Pen change d’avis. Non seulement Florian Philippot est confirmé dans la 6e circonscription de la Moselle, celle de Forbach, mais Damien Philippot, qui estime qu’au vu des résultats de la présidentielle et de l’ancrage droitier des électeurs varois, il ne pourra plus être élu député à Fréjus – analyse partagée par David Rachline –, déserte la 5e circonscription du Var, fait un bond de près… de 1 000 kilomètres et se re­trou­ve candidat dans la 1re circonscription de l’Aisne, celle de Laon, où Ma­rine Le Pen a obtenu, au premier tour de la présidentielle, 35,8 % des voix !
Et comme, au Front national, on pra­tique les parachutages mais on les as­sume pas, il se trouve que Damien Philippot, justement, aurait de la fa­mille dans le coin ! Une chance que ses lointains parents, réels ou imaginaires, ne se soient pas établis dans la Creu­se… Dans l’Aisne – quel coup de pot ! –Marine Le Pen l’a emporté sur Emmanuel Macron avec 52,9 % des voix ! Les électeurs axonais, eux, comme ceux du Nord et du Pas-de-Calais, ne sont pas de ces affreux droitards qui ne compren­nent rien à rien…
En quelques jours, non seulement les Philippot Brothers ne font plus banquette mais il n’y en a plus, à nouveau, que pour ces preux chevaliers servants. Ainsi de cette visite surprise effectuée dimanche dernier par une Marine Le Pen revigorée à une Fête de la moto organisée à Guignicourt, dans l’Aisne ! Où se trouvait, évidemment, Damien Philippot, photographes et cameramen. Quel autre candidat Marine Le Pen, que l’on ne savait pas passionnée de moto et qu’on n’a jamais vue un ai­gle sur le dos, est-elle allée soutenir depuis la présidentielle ? Ne cherchez pas : aucun.

Comment Philippot a imposé Maxime Thiébaut
Et Florian ? Pour lui aussi, tout va bien. Qu’on en juge par cet épisode… édifiant. Le 15 mai dernier, Nicolas Bay, secrétaire général du FN, présente à la presse, au siège du parti, à Nanterre, les candidats officiellement investis par le parti. Parmi eux figure la candidate qui portera les couleurs du FN dans la 4e circonscription de Saône et Loire, Nathalie Szych.
Quasiment au même moment, la grande copine de Florian Philippot, So­phie Montel, présidente du groupe FN-Les Patriotes en Bourgogne–Fran­che-Comté et vice-présidente des Pa­triotes, l’association nouvellement créée par Philippot, annonce à Nathalie Szych… qu’elle ne sera pas candidate ! Et Philippot s’offre le plaisir d’annoncer à la presse locale que le candidat sur la 4e circonscription sera Maxime Thiébaut, vice-président des Patriotes lui aussi et transfuge de Debout La Fran­ce dont il était responsable régional. Pour enfoncer le clou et rendre la dé­cision publiquement irrévocable, il annonce de surcroît sa présence à un meeting en Saône et Loire pour soutenir l’ensemble des candidats.
Nicolas Bay s’est-il trompé ? Evidem­ment pas. Dans la liste des candidats établie par le secrétariat national aux élections, c’est bien le nom de Na­thalie Szych qui apparaît. Et pour cau­se : elle a été dûment désignée par la com­mission nationale d’investiture – dans laquelle siège d’ailleurs… So­phie Montel.
Nathalie Szych est furieuse et Nicolas Dupont-Aignan encore plus. Ma­xime Thiébaut était le directeur adjoint de cabinet du président de Debout la France et nul n’a pris la peine de le prévenir qu’il passait au FN – du moins chez Les Patriotes, ce qui n’est pas forcément la même chose –, ni qu’il allait être candidat aux législatives. Moyennant quoi Dupont-Aignan, qui en a dé­jà découvert beaucoup sur le fonctionnement du FN mais n’est pas au bout de ses surprises, n’imaginant pas qu’un tel acte puisse être le fruit d’une décision isolée, prend son téléphone, ap­pelle Marine Le Pen et l’accuse de du­plicité. Ambiance…

Un pu-putsch et direction la fête foraine !
Très logiquement, c’est au tour de M­arine Le Pen d’être furieuse. Du passage en force de son vice-président et de ses conséquences pour l’alliance FN-DLF aux législatives. Elle demande aux équipes de Nicolas Bay de veiller à ce que la candidature de Nathalie Szych soit bien déposée en préfecture et exige de Philippot qu’il bloque la candidatu­re « flibustière ». S’en suit une réunion… surréaliste, qui va prendre les allures de commission nationale d’investiture extraordinaire – dans tous les sens du terme.
Alors que plusieurs participants reprochent vertement son comportement à Florian Philippot, Marine Le Pen, nous assure un participant, « ne parvient pas à soutenir son regard » ni à s’associer aux reproches. « Elle a préféré se défouler sur Sophie Montel, qui bien entendu n’avait pas agi de son propre chef. » « On a été estomaqués », ajoute cette source qui tient à préserver son anonymat. Car en fait, cette fausse CNI – il faudrait, pour qu’elle soit valable, que Jean-Marie Le Pen y soit convoqué – a ac­couché de la décision… de faire riper Nathalie Szych sur une circonscription voisine et de confirmer le coup de force du tandem Philippot-Montel ! Il y en a tout de même qui font de la résistance passive car, au 29 mai, le site tout à fait of­ficiel fnlegislatives.fr, « portail national FN des élections législatives », où l’éditorial est signé par Nicolas Bay, donnait toujours Nathalie Szych candidate sur la 4e de Saône-et-Loire et ignorait l’existence de ce Maxime Thiébaut.
Il n’empêche : le pu-putsch a réussi, les apparences sont presque sauves et Philippot peut réserver ses billets de train pour aller passer ses journées avec son nouveau camarade de jeux Maxi­me Thiébaut plutôt que de s’occuper de sa circonscription de Forbach. Ainsi la semaine dernière étaient-ils tous deux, chaperonnés par Sophie Montel qui semblait s’amuser comme une folle et en compagnie de quelques autres candidats philippotistes aux législatives dans des secteurs évidemment favorables, à la Foire comtoise de Besançon.
Quant à l’association Les Patriotes, lors de cette même réunion de crise, Marine Le Pen a tout de même deman­dé à Florian Philippot de s’abstenir de toute nouvelle initiative à ce sujet. Message reçu… zéro sur cinq. Dès le lendemain, Philippot lui-même communiquait publiquement un message dé­taillant les modalités d’adhésion à son association. Moralité : Florian Philippot aura réussi, en l’espace de quel­ques jours et grâce à un de ces bras de fer dont il a l’habitude, à violer le fonctionnement officiel des instances de son parti, prendre le risque d’une crise au sommet pour placer un ami très proche qui lui devra tout, affaiblir l’alliance historique avec Debout La France et imposer sa loi, une fois de plus, à Ma­rine Le Pen !

Philippot offre un sursis à Marion !
Si Marion Maréchal-Le Pen a dé­cidé de se mettre en retrait, c’est aussi à cause de cela. Du deux poids deux me­sures qu’elle n’a cessé de vivre de­puis 2012. D’un côté, elle était sans cesse tancée, rappelée à l’ordre, interdite d’antenne – surtout quand les émissions auxquelles elle était conviée étaient à forte audience, comme des journaux de 20 heures –, contrainte de défendre une ligne politique qui avait été décidée sans qu’elle ait eu son mot à dire et à laquelle elle ne croyait pas, y étant mê­me opposée ; de l’autre tout était toujours passé à Philippot.
Les raisons personnelles invoquées par Marion Maréchal-Le Pen pour expliquer sa volonté de prendre de la distance avec la politique – en fait, avec le Front national – sont réelles, mais elles ne sont qu’une partie de la réalité. Elle n’a pas voulu, par des critiques sur la ligne du parti ou, pire, sur le fonction­nement de celui-ci, tant sur le plan organisationnel que financier, parasiter la campagne des élections législati­ves. Bon petit soldat elle avait été, du­rant toute la campagne présidentielle, bon petit soldat elle sera restée jusqu’au bout.
En réalité, sa décision ne date pas du lendemain de la présidentielle. Ma­rion Maréchal-Le Pen avait pris la décision de se retirer… fin 2016 ! Déjà, elle avait compris que, si elle était réélue, elle serait encore plus muselée dans un groupe où les protégés de Florian Philippot, ayant hérité des meilleures circonscriptions, ne lui laisseraient pas un instant de répit. Entre autres éléments ayant entraîné sa décision. Elle devait même l’annoncer avant Noël. Avant Noël, pour ne pas que son départ interfère dans la campagne présidentielle de Marine Le Pen, qui a réellement dé­buté en février. Ironie : c’est Florian Philippot qui, ignorant tout de son projet, l’a conduite à stopper le processus par une de ces attaques mesquines et in­utiles dont il est coutumier.
Lorsque, le 6 décembre, il a déclaré sur BFM TV que Marion Maréchal-Le Pen était « seule et isolée » au sein du FN, elle a aussitôt compris que, dans ces conditions, il lui fallait différer de cinq mois l’annonce de son retrait et mener la campagne présidentielle de Marine Le Pen sans manifester aucun état d’âme, sous peine de paraître se retirer sous la pression du vice-président du FN et le laisser triompher, ce qui était impensable. S’il avait su…   
Antoine Vouillazère

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