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Ce que le phénomène Macron dit de la droite française

Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, aucun des candidats issus des partis s’étant partagés le pouvoir depuis 1958 n’est, à l’heure actuelle, qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle. Tant mieux !, dit la foule. Et si c’est au profit de Macron ? L’occasion de voir comment Emmanuel Macron, qui a certes acquis son capital électoral sur les ruines du PS, a également prospéré sur les manquements de la droite.

Un jour, Emmanuel Macron a eu raison. C’était le 1er dé­cembre 2016 et il avait lâ­ché sur RTL face aux journalistes qui lui faisaient le reproche de ne pas avoir de program­me : « On se fout des programmes ! Ce qui importe, c’est la vision, c’est le projet ! » L’ancien ministre de l’Economie avait expliqué : « Si vous n’avez pas la même vision, le même projet, le programme est une espèce de mécano qui se décompose. » Quatre mois ont passé et on en est exactement là.
A force d’avoir voulu attirer à lui des ralliements du centre, du centre droit et du centre gauche, mais aussi de la droite (un peu) et de la gauche (beaucoup) voire de l’extrême gauche, dont les visions « de la société, de l’économie, de la place de la France dans le monde », selon l’énumération qu’il avait livrée en décembre, sont diamétralement opposées, son programme – car il en a un, très évolutif certes, mais qui exis­te – a perdu toute cohérence.
Pire : au contraire des autres candidats, il doit sans cesse l’adapter, non se­u­lement à cause de l’amateurisme qui a présidé à son élaboration – pour la ré­daction participative, les équipes de La France insoumise sont nettement plus performantes que celles d’En Mar­che ! –, mais en fonction des visions di­vergentes qui viennent s’agréger et ne peuvent évidemment pas se superposer sans mener des luttes d’influence pour montrer à leurs maigres troupes qu’elles sont mues par un noble sentiment et non pas la simple perspective d’un maroquin ministériel ou d’un siège de député.
Ainsi ses revirements et ajustements sur la question du service militaire – ou national, qui serait un peu militaire mais pas trop – sont-ils particulièrement pathétiques et inquiétants, le candidat Macron étant passé de la certitude qu’il était impossible de le rétablir à l’intuition qu’il fallait le faire pour en conclure – provisoirement ? – que « le déploiement » pourrait être engagé en 2018 ou en 2019 – comprendre qu’on en reparlerait en 2020 –, étant entendu qu’il faudrait trouver le moyen qu’il n’en coûte que un ou deux milliards – traduire cette fois que c’est devenu infaisable. Dans une campagne présidentielle, en effet, « on se fout des programmes », à ceci près que lorsqu’ils ne ressemblent plus à rien, ils viennent décrédibiliser le projet.

Révélateur des limites du « déclinisme »
Ce qu’Emmanuel Macron avait parfaitement compris et qui donnait du sens à son projet – vous noterez que c’est « Minute » qui vient donner du sens au projet de Macron ! –, c’est qu’une élection présidentielle se gagne sur l’espoir que le candidat a fait naître, sur la dynamique qu’il a su enclencher et maintenir, et sur les points forts de son projet, comme cela avait été le cas en 2016 quand Nicolas Sarkozy avait triomphé sur sa promesse de rupture avec Mai 68, qui livrait la clef de compréhension, mobilisatrice pour l’électorat de droite, de l’ensemble de ses me­sures sécuritaires.
Emmanuel Macron avait pour cela l’a­tout de la jeunesse comme l’avait eu Valéry Giscard d’Estaing en 1974, élu à la présidence de la République à 48 ans – Macron en a 39, moins que… Olivier Besancenot ! –, un physique à la Kennedy – mais pas franchement l’é­pouse – et, surtout, des convictions pro-européennes en phase avec une large partie de la population – surtout la jeunesse – pour qui la sortie de l’Union européenne ne saurait constituer une solution de rechange. Autrement dit, il avait compris qu’il existait une fenêtre de tir pour une autre voie, celle qu’il a empruntée, qui ne soit ni celle des deux principaux partis dits de gouvernement, dont l’alternance au pouvoir n’a en rien amélioré le quotidien des Français ni la situation générale du pays, ni celle du « populisme » représenté par Ma­rine Le Pen.
Ce qu’Emmanuel Macron avait parfaitement compris, aussi et surtout, c’est que les Français, y compris lorsqu’ils sont de droite, sont globalement las des discours dits « déclinistes », qui, dé­ployés par les plus brillants de nos intellectuels désormais classés comme ap­partenant à la « gauche réactionnaire » ou à la « droite hors les murs », ont suffisamment infusé dans la société pour que la plupart des constats qu’ils ont dressé soient admis, mais qui n’ont ja­mais débouché sur autre chose que des constats. Sauf, dans un cas, celui de Patrick Buisson, sur un projet quasiment contre-révolutionnaire et qui, à ce titre, ne peut porter ses fruits que dans un temps impossible à définir.

Faire réentendre le son de la liberté
Paradoxalement, le succès d’Emmanuel Macron aura eu ceci de positif qu’il aura été un révélateur des carences de la droite, qui, au lieu de déployer ses valeurs propres alors que toutes cel­les au nom desquelles la gauche avait régné, soit dans les faits, soit dans les esprits de la droite de gouvernement, étaient discréditées, au premier rang desquelles la liberté, n’en a pas fait usage ou l’a fait si maladroitement qu’elle n’a pas été entendue.
De même la droite a-t-elle totalement oublié d’être optimiste, confiante dans son pays, en son peuple et en leur avenir, laissant là encore le champ libre à un discours certes benêt, parfois digne de Oui-Oui, le personnage d’Enid Blyton, mais au moins marqué, avec la force du télévangéliste qu’a su être Ma­cron dans ses premiers meetings, par la confiance mise dans les Français pour se sortir, « tous ensemble » comme le diraient les manifestants de la CGT, de l’effrayant marasme que la droite dé­nonce mais dans lequel elle paraît se complaire.
Emmanuel Macron ne dit pas autre chose quand il affirme, comme le 23 mars dernier sur LCP, en un propos qui fait aujourd’hui rire tant le candidat semble se faner à grande vitesse à force de bourdes, d’errements programmatiques et de ralliements supposés le grandir alors qu’ils le ringardisent : « Ce qui m’importe : présider avec conviction, optimisme et confiance dans le pays, conduire les réformes nécessaires. »
Bien sûr, comme le relève Jean Masson (voir p. 4-5), on peut mettre tout et le contraire de tout dans cette dernière proposition (« conduire les réformes nécessaires »), en fonction de ce que l’on a envie d’entendre, mais l’intérêt n’est créé – et l’émotion – que par la première partie de la phrase, et ces deux mots accolés : optimisme et confiance, qui sont là pour faire passer tout le reste, certes, mais qui sont là.

L’offre a correspondu à une demande
Une présidentielle, c’est aussi – surtout ? – du rêve, de l’ambition, ceux d’un avenir meilleur pour soi-même mais surtout pour ses enfants, et le rêve exige un discours positif (la « vision », le « projet » qu’évoquait Macron), sinon cela s’appelle un cauchemar. A gauche, d’une tout autre façon, lorsqu’il en appelle à la « résistance », ressuscitant le temps d’une campagne le mythe des luttes ouvrières, Jean-Luc Mélenchon aussi vend du rêve. On restera ouvriers, ou artisans, mais d’abord on en est fiers, ensuite on va se battre ! Tous ensemble ! Et on restera peut-être pauvres, mais on retrouvera notre dignité.
De même Emmanuel Macron donnait-il à celui qui avait envie d’entreprendre l’espoir qu’il pourrait le faire, à celui qui est pauvre l’espoir qu’il pouvait devenir riche, au jeune de Bobigny qu’il pouvait arrêter de tenir les murs pour devenir banquier d’affaires ou opérateur de premier plan dans la téléphonie plutôt que de piquer les portables des autres… Illusion ? Sans dou­te. Mais c’est ainsi que le candidat Macron a prospéré dans une société déculturée et abreuvée au mirage américain qui s’est développée sur un terreau de moins en moins armé pour y résister.
Face à cela, la droite est restée figée, ne comprenant pas les ressorts qui mo­tivaient cet attrait pour Macron, et s’est donc montrée incapable de lui opposer un projet qui soit aussi mobilisateur – nous parlons ici de la faculté de remporter l’élection présidentielle, pas d’être présent au second tour. Bien sûr, Macron a été aidé par les médias. Aidé seulement. Ce ne sont pas les médias, seuls, qui ont fait Macron, même dans le système capitaliste où c’est l’offre qui suscite la demande. Il est de nombreu­ses offres qui paraissaient admirablement ficelées et qu’on a oubliées, tellement elles n’ont entraîné aucun engouement.

Une « positive attitude » à réinventer
Par chance, il commence à apparaî­tre qu’Emmanuel Macron n’est peut-être pas un aussi bon produit qu’on l’a dit. D’abord, il est de gauche, et l’idée fait son chemin que, après cinq ans de Hollande, si c’est pour reprendre cinq ans avec son fils, ce n’est peut-être pas une bonne idée. Jusque-là, Macron n’a­vait de cesse de répéter qu’il était et que son projet était « progressiste » mais, dans une partie de l’électorat de droite, il subsistait un doute : oui mais, il n’est pas au Parti socialiste ? Oui mais, il a rompu avec Hollande ? Oui mais, il est pour qu’on fasse des affaires ? Et pour qu’on « libère les énergies », non ? Ben non, en fait : sur la liberté, il privilégiera toujours l’égalité. Et la redistribution des richesses que vous vous serez épuisés à créer. Ah bon ? Vous croyez ? Oui.
Ensuite, sa jeunesse pourrait bien se retourner contre lui, comme l’a déjà indiqué son inexpérience lors du Grand Débat de TF1. Certes, on le prendrait toujours en stop, mais de là à en faire le chef de l’Etat qui nous protègera… A supposer qu’il nous permette de monter notre boîte, en cas de coup dur, on pourra compter sur lui ? Ben…
Ce que le phénomène Macron dit de la droite française, quelle que soit l’issue de ce scrutin, c’est qu’un individu dont on ne sait à peu près rien et qui ne dit à peu près rien non plus tout en multipliant les mots, aura réussi, au moins jusqu’à fin mars 2017, à ringardiser tous les discours construits qu’elle portait auprès d’une part non négligeable de la population, qui, interrogée sur ses valeurs, serait classée à droite sans l’ombre d’un doute. Et que cela restera une leçon pour l’ensemble de la droite française, qui ferait bien d’in­tégrer dans sa pensée et évidemment dans ses discours, qu’elle gagne ou qu’elle perde cette présidentielle pour différentes autres considérations qui font l’actuelle indécision des électeurs, qu’elle ne l’emportera véritablement dans les esprits que lorsqu’elle sera devenue positive, confiante en l’a­venir, confiante, aussi, en ses électeurs.
La « positive attitude », en somme, au service de « la cause du peuple » ! Lorie sur le substrat énoncé par Patrick Buisson ! Ridicule ? Peut-être, mais si­non, ce sera Macron, quel que soit le nom qu’on donnera, la prochaine fois, au candidat libéral-libertaire.   
Marc Bertric

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