Robert Boulin s’est suicidé. C’est la version officielle, imposée par la raison d’Etat. Le corps du ministre n’avait pas été autopsié que déjà l’agence France-Presse, immédiatement relayée par Antenne 2, annonçait que la mort de Robert Boulin était un suicide. Cette thèse évitait d’ouvrir les placards de la Ve République où plus d’un cadavre a été caché. Valéry Giscard d’Estaing, président de la République à l’époque des faits, a lui-même participé à la campagne de désinformation. En 1991 dans le tome II de ses Mémoires, dans un chapitre intitulé « Le suicide de Robert Boulin », VGE, évoquant une visite qu’il avait faite à Libourne le 5 octobre 1979 (trois semaines avant la disparition de son ministre du Travail), va jusqu’à fournir des explications ! « Quand nous sommes rentrés le soir dans notre chambre de la Préfecture », écrit-il, « Anne-Aymone (la femme du président ndlr) m’a fait part de l’impression que lui avait faite cette journée. On lui avait rapporté que Madame Boulin tenait sur son mari des propos désobligeants. “J’ai trouvé Boulin très abattu, m’a-t-elle dit, il fait pitié”. » Bref il insinue bassement que Boulin était au bout du rouleau… Dans ces Mémoires, où il prétend faire œuvre d’historien, VGE n’hésite pourtant pas à rapporter les pires ragots. Ce qui lui a coûté cher. Il a été condamné par la cour d’appel de Reims à réparer le préjudice causé à la veuve du ministre Colette Boulin par la publication d’un écrit fautif à son égard.
Fautif, dans cette histoire, VGE n’est malheureusement pas le seul. L’enquête judiciaire, ouverte après que la famille a déposé plainte pour homicide, a multiplié fautes et négligences.
Et c’est sur les bases de cette enquête tronquée qu’en septembre 1991 le juge d’instruction madame Laurence Vichnievsky a prononcé une ordonnance de non-lieu. A la décharge de madame le juge, qui débutait dans la carrière, soulignons qu’elle a été désignée uniquement pour porter le chapeau : c’est le 9 janvier 1991 qu’elle a hérité du dossier. Reprenant les conclusions de ses prédécesseurs, elle a bouclé le dossier une semaine plus tard, avant de le transmettre pour règlement au Parquet le 17 janvier 1991. En septembre suivant le Parquet a retourné le dossier, avec une réquisition de non-lieu, reprise mot pour mot par Laurence Vichnievsky, qui n’a jamais enquêté sur l’affaire.
Voilà comment s’est conclu l’enquête sur la mort d’un ministre de la Ve République !
Dans le dossier, il y a pourtant de multiples éléments qui prouvent que Robert Boulin ne s’est pas suicidé. Il présentait ainsi au visage deux fractures qui ont été causées avant sa mort, preuve que le ministre avait fait une mauvaise rencontre…
Deux fractures qu’une première autopsie n’avait pas révélées… Cela montre que dès le départ les cartes ont été faussées. En novembre 1980, un an après la mort du ministre, « Minute » était le premier journal à remettre en cause la thèse du suicide et à rouvrir le dossier Boulin. « Minute » s’étonnait notamment des contradictions qui émaillaient le rapport d’autopsie. 22 ans après « Minute », la Justice s’est elle aussi décidée à rouvrir le dossier. Alors que le délai de prescription était fixé à novembre 2002, la Justice a décidé de procéder à de nouvelles auditions. Depuis un an, au compte-gouttes, elle distille de nouveaux témoignages. Parmi les personnes qui ont été entendues ou qui devraient l’être, un colonel de gendarmerie qui, présent le 30 octobre 1979 sur les lieux du drame, affirme que lorsque le corps du ministre a été repêché de l’étang, il n’a heurté aucun obstacle : cela prouve que les fractures constatées à la tête sont dues à des coups portés par ses assassins… ou encore un restaurateur de Libourne, ami du ministre, qui le lundi 29 octobre 1979 a reçu un coup de fil anonyme lui annonçant la mort de Robert Boulin, alors que son corps ne devait être retrouvé que le lendemain matin ! En attendant que la Justice extrait enfin de ces nouveaux témoignages l’essence même de la vérité, « Minute » vous présente les pièces du dossier qui prouvent que le faux suicide de Robert Boulin était un vrai meurtre.
Jean-Marie Molitor
directeur de Minute